La foire aux bestiaux [Limace]

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La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Niiz le Dim 5 Juin - 18:37

Deux fois par an, on assiste à cette petite fête. Deux fois par an, tout le monde y vient. C'est une vraie foire aux bestiaux: les acheteurs se pressent, se collent, se bousculent, surenchérissent. On peut faire des affaires comme se faire arnaquer, mais allez savoir: ce ne sont pas des objets, qu'on achète le plus souvent ici, et ne sait jamais à quoi s'attendre avec les esclaves. Même avec toute la réglementation que mes services imposent, on peut tomber sur un spécimen non-vacciné ou non-bridé, défaillant, rebelle ou même malade. Sans compter les espions et les faux-papiers.

Le ciel gris et lourd semble sur le point de se déchirer sous le poids de la pluie. L'air est étouffant, embué parfois des fumées des grillades. Les cabestans sont noirs de foule, pas toujours riante. Des nobles se pressent d'acheter des esclaves, ou cherchent les leurs. Les matricules des sauveurs sont enregistrés. Sur les estrades, de petites têtes blondes sont alignées — les esclaves sont jeunes, cette année. Pourtant, il m'arrive de sourire quand je vois descendre d'un navire des “paquets de vingt”, ces magiques interceptés en mer: des malheureux sybaliens dont les embarcations ont glissé de l'autre côté de la frontière marine, où les sentinelles attendent de les y cueillir patiemment. L'air de l'océan les accompagne à chaque pas et bruit de chaîne, air qu'ils ne respireront probablement jamais plus, à l'instar de celui de leur pays.

Tout excitée par cette sortie, ce véritable jour de fête que je partage avec elle, Fai me traîne sur les pavés humides. J'ai peine de la suivre: je trébuche sur les filets et les plots; je claudique. Mes plaies à ma jambes me lancines, comme à coups de câbles électriques; les bandages dans lesquels je les ai enserrées devront bientôt être changés. Pour couronner le tout, je sens qu'il va pleuvoir... Fait chier... Mais, bon, passons. C'est peut-être la dernière sortie que je fais avec Fai; c'est peut-être la dernière fois que je la verrais sourire: ce serait con de tirer la gueule pour une morsure de lycan, un sale temps et une fête foraine qui va me saouler si je pars à la recherche de toutes ses petites infractions.

Fai sait ce que sont des serviteurs, mais le mot “esclave” est abstrait, pour elle. Je le lui ai dit: esclave est synonyme de “magique”, “pratiquant” ou “traître”, mais c'est une enfant — elle se demande si on peut les différencier des gens normaux d'un simple coup d'œil. Je crois surtout qu'elle en veut un à elle. Elle aurait pas pu vouloir un caniche?
    ‘Papa! Papa! Regarde comme il fait peur!’ s'écrit-elle en me montrant un farïd fraîchement capturé.
J'ai aussi droit à des “Oh! Comme ils sont mignons!” ou à des “Tu as vu ce qu'il a fait!” qu'elle prononce avec des yeux ronds comme des soucoupes dès qu'il y a une démonstration magique (sous contrôle, bien évidemment). Mais quand elle faillit me faire tomber, je sais que je ne me sauverai pas aussi facilement que les premières fois.
    ‘Regarde-les, P'pa! Elles sont adorables! C'est des jumelles! T'as vu ça!’
Elle sautille sur place et me perce presque les typans à hurler comme ça. C'est le stand d'un certain Jo, comme il se fait appeler. Ce qu'elle y a vu sont deux fillettes hybrides: l'une blonde, l'autre brune. Mignonnes, mais à l'air étrange. Je lis leur description. Le papier est pour le moins énigmatique:

44031-7031H
“Hybrides à tout faire”
État: occasion — 1 mois
Prix: 200' les deux

Je regarde Fai. Si je ne pars pas vite, je ne pourrais plus m'échapper. Je sens le coup tordu, de la part de Jo. Il ne refile jamais que des occasions qui ne sont pas en or. Mais c'est trop tard, Fai en est folle, de ces deux petites: elle a plaqué ses mains sur sa bouche.
    ‘Papa, c'est celles-là que je veux!’
    Tu sais combien ça va me coûter —
    ‘Papa’ commence-t-elle, ses poings sur les hanches. ‘J'ai un budget à moi, dans tes dépenses. Est-ce que je l'ai déjà dépassé?’
Je soupire. Le seul moyen de me casser serait de l'emporter sur mes épaules, après quoi elle me tirerait la tronche pendant deux jours. Deux cent pièces d'or, c'est cher — elle le sait, elle gère ses propres achats elle-même — mais je ne suis pas dans le besoin. Et les deux-là n'ont pas besoin de salaire. J'aurais préféré qu'elle ne me fasse un achat compulsif que devant une robe: les robes, ça mange pas, ça chie pas et ça parle pas. C'est bien les robes. Dommage que Fai aime pas tellement ça; moi je trouve que ça lui va bien.

Je me penche sur elle et commence à lui faire la même morale qu'un père normal ferait à sa fille qui craque devant un chiot:
    C'est des êtres vivants, elles vont manger, elles vont vivre: c'est pas des jouets, et elles peuvent pas obéir à des ordres que tu ne leur donnes pas.
    ‘Je sais, mais Papa! Elles sont d'occasion! Si on les achète pas, c'est un pervers qui les prendra! Et elles vont attendre sous la pluie! Et sinon, faudra les mettre dans une exploitation, ou les prostituer! (Elle s'agrippa à mon bras) Papa... s'il te plaît...’
Moi qui était fière d'avoir à peine une demi-douzaine d'employés... Je dois donner l'image d'un piètre homme d'affaire au vendeur. Il risque d'être déçu.
    Je les achète à cinquante.
Le dit “Jo” est assommé par la surprise.
    ‘Vous avez lu l'affichette? Elles sont à vendre à deux cent, j'en veux deux cent. C'est pas à débattre.’
    Je vous les prends à cinquante, parce qu'elles sont “périmées” et j'oublie que vous avez oublié les mentions “vaccin”, “précédentes familles” et “bridées” — par contre, moi, vous me renseignerez.
Jo accepte. Il ne sait pas qui avait eut les mômes auparavant, par contre, vaccinées et bridées, comme il faut. Pour bien me montrer que tout était dans les règles, il les amène avec leur certificat et leur demande de me montrer leur tatouage.

Près de moi, Fai observe ce petit rituel avec des yeux fascinés. C'est la première fois qu'elle voit une telle transaction. Je la vois qui s'approche des jeunes filles — elle fait presque leur taille — pour leur demander avec douceur si elles savent parler. Malgré le vendeur qui opine derrière-elles, ma fille insiste pour que ce soit elles qui répondent.

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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Akumi/Yumi le Lun 6 Juin - 17:52

Akumi avait l'impression que des jours s'étaient écoulés depuis qu'on les avait assises là, sur un banc tout dur en bois. Depuis le lever du soleil, elle avait regardé des gens bizarres, habillés d'une étrange façon se précipiter vers d'autres bancs où d'autres gens attendaient, eux aussi, depuis l'aube. On lui avait dit que cet endroit s'appelait le port ou les cabestans. Elle, elle trouvait que ça sentait trop mauvais pour mériter un nom.
D’ailleurs elle le fit remarquer à sa sœur :

« Ça sent vraiment mauvais ici mais je ne sais pas si ça vient du poisson ou de l'autre type qui essaye de nous vendre depuis tout à l'heure, là. »

Mais au contraire Yumi trouvait l'odeur des gâteaux et des grillades des plus alléchante. Quand tout à coup elles entendirent une voix horriblement aigu qui s'approchait. Cette voix appartenait à une petite fille qui courait vers elles en tirant une espèce de lutin par la manche.
Yumi eu plaisir à regarder la petite sauter sur place.
Elle sentit sa jumelle s'approchait d'elle et lui dire à l'oreille :

« Nos prochaines victimes... »

Elles se regardèrent et échangèrent un regard complice au moment ou l’espèce de gros pervers qui les gardait en esclavage leur demanda de se lever et de montrer le tatouage qu'elles avaient au cou.
Yumi obéit. Akumi préféra répondre à la question de la petite idiote avec son plus beau sourire :

« Mon tatouage tu te le met là ou je pense. »
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Niiz le Lun 6 Juin - 19:34

La brunette relève ses cheveux et nous montre le code noir qui striure sa nuque blanche. L'autre n'est pas aussi docile, je dirais même qu'elle est carrément désagréable. À l'entendre s'adresser ainsi à la chair de ma chair, je lui en aurais retournée une aussi sec. Mais Fai ne prend pas la mouche pour si peu, au contraire: elle pouffe de rire et me la repointe du doigt.
    ‘Papa!’ qu'elle s'enjoue. ‘Elle parle! Et comme toi!’
Ce qu'elle peut être adorable quand elle fait sourire ses grandes perles brunes, ses lèvres roses et ses dents blanches. Ma petite beauté. C'est dans ces moments-là que je me demande si je l'éduque comme il faut.

Pendant qu'elle retrousse le bas de sa robe pour discutailler avec les deux esclaves, le vendeur se plaque les cheveux sur le crâne d'une main nerveuse.
    ‘Bon, d'accord, à part ça elles sont dans les normes. Je veux bien vous les fourguer à cent cinquante, mais pas moins.’ Après quoi, en désespoir de cause, il cherche à attirer ma merci: ‘Mais vous savez combien de temps il faut pour les faire atteindre cet âge, les machins-là?’
    Oui (je balaie la question d'un revers de la main), je sais: un an, ou moins. Les tiennes ont un mois en plus, elles auraient dû être retirées de la vente.
    ‘Et toi,’ questionne ma fille, tournée vers la brune pendant que l'or change de mains. ‘Tu sais parler, toi aussi?’
Je souris en l'écoutant. Je la vois sortir de sa poche un croissant qu'un boulanger venait de lui offrir et le proposer aux deux créatures. Jo s'approche d'elle et lui explique avec le docte des nobles neltains (qui savent tout sur tout, c'est bien connu):
    ‘Tu vois, petite, les deux-là fonctionnent comme des magicaniz: si tu touches leur code barre en leur donnant un nom, elles vivront aussi longtemps que toi et t'obéiront à toi toute seule jusqu'à ce que tu les renie, tu comprends?’
Fai acquiesce. Je trouve ce résumé assez simpliste, mais il s'applique à ces deux-là; je n'ai pas à critiquer. Au pire, une fois rentrés, je lui expliquerai ce que sont les magicaniz.
    ‘Allez, les filles!’ lâche-t-il à l'attention des esclaves. ‘Et toi (il désigne la petite blonde) si tu ne te bouges pas, tu suivras ta sœur mais sans avoir de nom.’
Je me dis qu'elle doit bien s'en foutre comme de sa première chemise, celle-là. Je hausse les épaules, fataliste. Fai a repris l'affichette et la regarde, comme à la recherche d'inspiration. Je ne me doute pas que les noms qu'elle va y trouver seront comme tirés du destin.

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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Akumi/Yumi le Mar 7 Juin - 18:04

Une expression de dégoût apparut sur le visage d'Akumi. Sombre, elle ronchonna tout bas (mais assez fort pour que l'autre l'entende) : alors comme ça elle parlait la langue des nains ! Elle ne se connaissait pas une telle capacité ! 
La jeune blonde pencha sa tête sur le côté. Sa maîtresse serait peut-être la morveuse, mais elle se disait aussi que le père, avec son air supérieur, serait très amusant.
Yumi ouvrit des yeux ronds à la vue du croissant de la petite : dorée et une odeur tellement délicieuse, à peine le croissant mis sous son nez, elle le prit délicatement (pas abîmer précieux). Énervé par la gourmandise et la naïveté de sa sœur, Akumi se leva brutalement, lui arracha le croissant des mains et le jeta sur le petit nabot ridicule.
Yumi resta un moment choqué pendant lequel son regard passa de sa sœur à ses mains où le croissant n'était plus : 

« Mon croissant ! » S'écria-t-elle.

Voilà, la petite avait sa réponse : oui elle parlait.
Quand Jo les fit descendre de l'estrade, qu'elles furent à côté de Dante, elles lui firent un sourire de piranha et Akumi lui susurra :

« De quoi avez-vous peur, Maître ? »
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Niiz le Mar 7 Juin - 20:31

Je crispe la mâchoire, serre les poings. Si la blondine veut s'amuser à ce petit jeu, elle y perdra. Dès que je lèverai la main sur elle, elle aura perdu. Elle ose m'insulter à ma barbe, elle est assez culottée pour se foutre de ma gueule. Elle veut peut-être que le nain lui refasse la sienne? Le nain est plus grand qu'elle, le nain est plus fort qu'elle, cette créature. Cette bestiole fera pas long feu si elle se frotte trop à moi. Je la vois qui m'observe, dans son coin. À quoi elle pense, sur son banc, quand elle a ce regard? Je ne suis pas un pantin, si c'est ce à quoi tu penses, ma petite. Tu t'es mise face à un adversaire que tu ne vaincras pas. Jamais. Je gagnerai la partie. Je lui jette un dernier regard méprisant avant de revenir à ma jeune.

Fai a un sourire lumineux; elle regarde avec curiosité la réaction de la brunette: elle tend les mains, fascinée par la pâtisserie — puis plus de pâtisserie. Enfin, si: je saisis le projectile quand il retombe et époussette les miettes qu'il a laissé sur ma chemise, comme de grosses pellicules brunes. Mon geste est lent, sous contrôle. Sous contrôle. Je ne dois pas craquer. Pas ici. Pas maintenant. À force de me contenir, je finis par jeter le croissant à terre comme le cadavre d'une vermine. Fai, elle, est impassible: l'animosité de l'autre petite peste paraît rebondir sur elle sans toucher son esprit: à peine si elle jette un regard à la nourriture qu'elle leur a offert. Je ne sais pas ce qu'elle a demandé à ce Jo, mais elle a le geste sûr quand elle pose ses doigts sur le cou de la brune et la nomme “Yumi”. Puis elle laisser baller son bras, regarde sa petite esclave:
    ‘Oui,’ chantonne-t-elle. ‘Toi, tu as une tête à être Yumi.’
Je n'entends pas la suite de ses mots — si suite il y a — parce que l'autre oiselle s'est pendue à mon bras. Ses yeux fatigués sont braqués sur moi. Je la chasse d'un geste, me penche sur elle et articule:
    De ta gueule, servante.
Fai a profité de ce que l'on se parle pour appuyer ses doigts sur la nuque de la saleté et fredonne sur un air victorieux son petit “Akumi!” puis se sauve, se cache derrière-moi. Je laisse échapper un rire; courageuse mais pas téméraire! Je pense qu'il est temps de rebrousser chemin, même si Fai aimerait leur acheter quelque chose; heureusement pour moi, le souvenir du croissant est encore trop présent dans son esprit, et nous nous retrouvons sur le chemin du retour.

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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Akumi/Yumi le Mer 8 Juin - 17:32

Yumi qui avait entendu la discussion du petit bout de chou et du grand dégueulasse lui dit avec douceur :

« Merci d'avoir gardé notre nom d'origine. »

Yumi voulut paraître polie c'est pourquoi elle demanda à l'adorable petite qui était caché derrière son père:

« Et toi, c'est quoi ton p'tit nom ? »

Akumi figeait par une intense colère se retourna vers la petite qui avait osé la toucher et tenta d'attraper la fillette mais au même moment l'étrange avorton lui barra la route : il était temps de partir vers leur nouvelle prison.

« Je n’ai pas de nom petite imbécile ! » Marmonna-t-elle entre ses dents.

Alors qu'ils avançaient sur le chemin de leur nouveau foyer Yumi s'approcha de la petite et tendit sa main vers elle. Akumi qui était restait derrière en voyant le geste amical de sa sœur l'attrapa par le col et la tira en arrière.

«Tu ne veux quand même pas faire amie-amie avec l'ennemie ? » Lui dit-elle sèchement.
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Niiz le Mer 8 Juin - 21:57

Je pose une main sur la pèlerine de barège que porte Fai — celle qui est trop fine pour la saison. Sa “Yumi” s'est rapprochée. Je n'accorde aucune foi en ce surnom; je préfère tenir mon enfant le plus loin possible de ces choses. Fai, ma petite Fai. Tu es si confiante... tu l'es bien trop. Je te vois sourire, t'entends lui répondre que ce n'est rien, que c'est tout naturel de n'avoir qu'un nom; mais tu oublies qu'elles ont déjà le leur: 44031-7031H. Ma fille... tu les humanise bien trop, ces deux hybrides.

Elle continue d'écouter la Yumi, avec attention. C'est comme un calme soudain de sa part avant que n'en reparte un éclat. Joviale, ses mimiques sont amples; elle tape du pied et annonce fièrement qu'elle est...
    ‘Fai! De la famille Boïss!’
Puis, se retournant vers cette saleté à figure humaine, elle se navre. Sa bouille triste me démange de la venger de cette ordure. Mais elle ne m'en fait rien savoir, elle se tait sur l'insulte, ne parle que de cette remarque.
    ‘C'est pas très joyeux de pas avoir de nom, tu sais. Un nom, c'est ce qui fait qu'on est pas des animaux. Y en a qui disent même qu'un nom, c'est une âme. Alors si tu préfères être vide, c'est ton problème. Mais si tu es capable de pleurer — si t'en es pas capable, je te plaints — ne viens pas le faire devant moi, parce que quoi qu'il arrive, maintenant, tu es à moi.’
J'attends l'heure où l'Akumi sera seule; je guette cet instant où je pourrai laisser parler librement ce poing qui me démange. Non, pas le poing, ni même librement: je ne dois pas laisser de trace. Je gronde bas. Quelle plaie, ces deux-là!

Je relève le cache-col de ma houppelande sur mon nez et avance en silence. Nous quittons les quais et allons retrouver les routes. Bientôt, il faudra faire attention aux passages de chevaux et calèches. On en entend déjà les chocs des sabots et des roues. Les vendeurs se compressent jusque là, dans un confus mélange de fumerolles: depuis les marrons chauds jusqu'aux porcs qui valsaient tranquillement sur leur broche. Je fais signe à mon domestique dès qu'il regarde dans notre direction, qu'il se réinstalle à sa place de cocher. Il arnache les chevaux, leur mufle encore dans l'abreuvoir. D'épais nuages de craie s'en échappent quand leur mors est mis. Je sens une bruine tomber: encore un peu et ça sera la saucée.

Je prend place avec Fai, referme la porte derrière-elle. Je vais dire aux deux mômes de s'installer près du cocher quand la demoiselle se penche à la fenêtre et les appelle à nous rejoindre. Je la regarde avec contestation; elle hausse ses épaules et me prétexte que ce n'est que leur premier jour. Je suis sur le cul: leur premier jour! C'est bien leur “second premier jour” à chacune. Peut-être plus. Je me renverse contre mon dossier, bien décider à roupiller pour éviter d'avoir à répondre à cette saloperie de petite arrogante, ou je finirais par la jeter en marche sous les roues de la coche.

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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Akumi/Yumi le Jeu 9 Juin - 17:51

Yumi se dégagea des mains de sa sœur pour se rapprocher de la petite Fai :

« Fai ? C'est un joli prénom ! »

Puis elle lui dit à l'oreille de ne pas faire attention à sa sœur, que c'était le changement qui la mettait dans cette état. Elle se redressa et regarda son père : il avait l'air crispé, comme si il souffrait. Mais ne voulant pas jouer les curieuse et se mêler de choses qui ne la regardaient pas elle ne dit rien.
Akumi bouscula sa sœur pour prendre place à côté morveuse :

« J'en veux pas de ton âme. » Lui dit-elle quand ils arrivèrent devant une calèche.

Quand elle vit avec quelle gentillesse le nains referma la porte au nez de sa sœur, elle ne fit pas attention à la remarque de l'idiote qui leur disait de monter. Elle attrapa l'épaule de sa sœur qui s'apprêtait à les rejoindre :

«L'odeur des chiens m'insupporte maître...nous monterons près du cocher. » Lança-t-elle à Dante d'un ton acide.
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Niiz le Ven 10 Juin - 21:06

Je me débarrasse de mon cache-col; le jette; déboutonne les premières attaches de mon manteau — d'un seul geste. Chien! Chien! Les chiens! Ah! Les chiennes! La chienne! Je croise mes bras, me rejette tout entier dans le fond de mon siège — rien à faire: j'enfonce mes doigts dans le cuir noir et continue de jeter des regards noirs au morceau de tissus que j'ai balancé devant moi. Il repose comme une bête crevée dans un coin sombre. La chienne! Je lui ferai payer..! Ma cuisse me lancine; j'y pose une main; me plie légèrement. Je me sens trembler. Je serre trop ma poigne sur cette plaie électrique, bouillante. Chien... Chien... elle a insisté sur ce mot... chien... chien
    ‘Papa?’
Le poids d'une petite main dans mon dos, une sueur froide sur le front; j'ai cessé de trembler. Fai s'est penchée sur moi, ce petit bout de femme qui fait plus pour moi que je ne fais pour elle. Après un froissement de toile, elle annonce qu'elle demandera à la bonne de sortir mes analgésiques.

Même redressé, je fuis ses yeux. La calèche s'est ébranlée dans notre silence de tombe. Chacun regarde par sa fenêtre; je me cache d'un rideau de cheveux et d'une main. J'y pose ma tête, réfléchis sans dire. Je me demande à quoi ma jeune peut bien penser quand elle regarde ces arbres, ces maisons et ces rues. Peut-être qu'elle se demande pourquoi les filles sont dans des robes, pourquoi elle n'est ni comme les roturiers ni comme les nobles. Elle bat la campagne. C'est un moi qu'on a enfermé derrière des barreaux dorés. J'ai si honte de cette plaie. Je l'ai défigurée, mais j'y voie toujours les crocs de cette chose. Je suis marqué, pollué, souillé. Plus que je ne me serais jamais profané — ce qui n'est pas peu dire. Enragé, paria, même au sein de mes ennemis. Enragé. Chien.
Chien.

Chien?
C'est ce que cette saloperie a dit. Sait-elle? Ce regard, ce ton. Elle sait. Non? Non. Je ne dois pas lui montrer que cette remarque m'a touché. Je dois recouvrer un calme plein.

Elle détacha une énième fois son regard du paysage changeant du dehors pour parcourir les reliefs du vieux cuir de son père. Toute trace de tension avait brusquement déserté son maintient: avachi contre la boiserie, Dante avait été frappé d'un sommeil narcoleptique. Elle sourit avec tendresse, rassurée de le voir plongé dans un tel repos. Paradoxalement, elle s'inquiétait de ces crises récurrentes: elles le prenaient depuis son retour de chasse. La jeune fille eût aimé à penser que cela n'était qu'une bonne résolution à laquelle il se montrait trop bon serviteur — mais une blessure n'engage pas à de tels changements. Il avait peu de temps à lui donner, et certaines de ses habituées n'allaient plus dormir avec lui. “Dormir”, c'était le mot qu'employait pudiquement sa nourrice quand le soir, venue pour la border, la petite cherchait à comprendre l'attitude de son seul parent. Peu avant qu'elle ne se glisse hors des couvertures pour profiter du manoir noir de nuit. Lietta n'en savait pas plus qu'elle — et elle savait que quand elle était présente, son père bornait ses coucheries à sa chambre et à des femmes. Sauf que celles-ci hantaient parfois les couloirs, séjournaient dans les chambres d'ami. Lui ne dormait plus que dans cette autre salle. Aucun bruit ne s'en échappait jamais.

Parlant de bruit, la discussion allait bon train à l'avant. Dans son sommeil, Dante fut pourtant saisit d'un tremblement: Fai eût juré le voir jeter un objet visible et tangible de lui seul vers les domestiques en ronchonnant un murmure d'agacement (“Un peu de silence, j'vous prie.”). Louis demandait leur nom aux fillettes, tout en chiquant, d'où elles venaient, qui elles accompagnaient. Puis il leur parla un peu de pêche, pour combler le silence: il avait eut bien peu d'occasions de se confier à des gens pendant ses routes.


La brume. Elle s'étiole quand une voix familière me ramène jusqu'à elle. Elle vient de loin, loin derrière la brume, cette voix. C'est Fai. Elle me secoue. J'ai quelque chose qui me tambourine dans le crâne. Les à-coups de la route m'ont liquéfié la cervelle. Ma tête fait rire ma fille. Comme une arme de sa poche, elle fait jaillir un peigne dont elle m'arracherait presque la tête, puis réarrange mon col.
    ‘Fais attention, Papa. La petite Akumi s'amuse beaucoup à te ridiculiser. (Elle fronce les sourcils: ) Ne fait rien de stupide, OK?’
Je ris, lui dit ce qu'elle veut entendre. Ma petite doute, mais n'insiste pas. Le coche arrêté, j'en sors sûrement plus présentable que j'y suis entré.

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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Akumi/Yumi le Sam 11 Juin - 14:18

Yumi regarda sa sœur sans comprendre: la petite fille était gentille, et l'homme ne lui avait rien fait. Pourquoi elle les insultait, alors? Ça n'avait aucun sens. Elles ne jouaient pas comme ça, d'habitude. Quand la blonde se rapprocha, elle sut: Akumi portait le sourire des mauvaises blagues. Elle devait savoir quelque chose. Elle se laissa pousser à la place que sa sœur lui avait choisi jusqu'à ce que celle-ci vint s'asseoir à côté d'elle.
La pluie tombait de plus en plus fort. Yumi qui était trempé jeta un regard noir à sa sœur :

«J’espère que tu as une bonne raison de nous avoir foutu dehors ! »

Akumi se retourna vers Yumi, toujours ce grand sourire aux lèvres :

«Je sens que l'on va s'amuser avec lui. »

Pendant que le cocher commençait à délirer tout seul sur ses parties de pêches, Akumi chuchota à l'oreille de sa sœur :

«Tu as du remarquer qu'il boitait... Et bien cet anti-magique c'est fait mordre par un loup-garou et grâce à ça on va enfin pouvoir connaître la liberté ! » Finit-elle d'un ton joyeux.

Yumi sourit à sa sœur. Elle aussi rêvait de savoir ce que cela faisait d'être libre mais le père de la jeune fille n'avait pas l'air d'être facile a amadouer. Au bout de quelques minutes la voiture s'arrêta, ils était arrivés. Akumi se précipita vers la porte en poussant le cocher au passage et l'ouvrit :

« Maître... » Dit-elle d'une voix mielleuse.

De son côté Yumi qui vit l'homme à terre, descendit de la calèche et l'aida à ce relever :

« Je suis vraiment désolé... » Lui dit-elle navrée.
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Niiz le Dim 12 Juin - 0:52

Je m'apprête à remercier le cocher du geste las habituel, mais personne ne me tient la porte. Interdit, je descends les yeux et vois ce parasite blond qui me fait des simagrées de chimpanzé. Ses vêtements et cheveux dégouttent d'une pluie qui n'a cessé. Avant que je ne réagisse, Fai s'élance et la remercie. Décidé à ce qu'elle ne s'enrhume pas, je détache et lui ouvre le parapluie rangé dans la portière, au cas où. Je le lui donne et l'exhorte d'aller s'abriter. Je la regarde courir sous les trombes d'eau, attendue au loin par ce qui pourrait être Lietta; la pluie battante m'empêche d'en voir plus: à trente mètres, l'horizon s'arrête et revêt une grisaille sombre et uniforme. Une fois certain que ma petite ne me verra pas, je retourne à cette Akumi. Curieusement, tout ce qui m'entoure mérite bien son nom: cette amusante Aria, catastrophique comme une nuée de sauterelles; et maintenant, cette Akumi, ce cauchemar mielleux, cette bestiole venimeuse. Ça me fait sourire, oui: comme une rage de dent force à montrer les crocs. Je lui pose lourdement ma main sur le crâne, à plusieurs reprises, avant de lui frotter la frange, assez fort pour la lui essorer dans les yeux. De loin, ç'aurait pu paraître amical.

Jusqu'au moment où je la bouscule à bout de bras. Pas assez brute pour la renverser; pas assez délicat pour qu'elle reste accrochée à la porte que je claque, je finis de donner mes ordres à Louis et aux deux mioches.
    Vous deux,’ commencé-je d'une voix dure leur tour venu. ‘Vous allez rentrer, et fissa! Vous êtes les suivantes de ma fille. Vous lui obéirez. (Je penche sur la blondasse) Et à moi, à moi vous me foutez la paix! Pigé?
Je ramène mes mèches maintenant humides en arrière (qu'elles ne me retombent pas dans les yeux) et retourne au logis qui n'est plus qu'une ombre noire plantée sur notre route. Le hall est tout en calme et en chaleur quand j'en franchis le seuil: les lampes à gaz sont allumées et jettent leur lueur mouvante et dorée sur les êtres et le mobilier. Lietta patiente dans l'entrée, toute prête à nous aider près de son tas de serviettes sèches. Je m'attends à ce qu'elle m'en tende une — au lieu de quoi la voici qui m'agresse. L'espace d'un cillement, et le monde est de laine blanche. Je tente de me plaindre, mais ma voix est étouffée dans le tissus.
    Lietta! Suffit, maintenant!
La domestique cesse de me frictionner en haussant les bras, résignée.
    ‘Ha! Je me donne du mal, et personne n'est jamais content, ici! Jamais!’
    Merci, Lietta.’ réponds-je en emportant le chiffon.
Je glisse un coup d’œil inquiet en direction de l'horloge puis m'en vais dans mon bureau, rassuré: il n'est même pas midi.

Du côté de la petite bonne, deux fillettes passaient le seuil du manoir. Lietta se pressa d'aller frictionner ces deux petites qui semblaient fantômes de noyées tant elles semaient d'eau derrière-elles. La femme leur frictionna les cheveux avec une énergie qui n'était plus de son âge, tout en les plaignant avec tendresse.
    ‘Ha! Mes petites! Mes pauvres petites! Si mignonnes, si fragiles! Mais vous allez attraper la mort avec ces vêtements!’
La douce Lietta leur retira chaussons et chaussettes avant de recouvrir leurs épaules de couvertures sèches, chaudes et plus moelleuses que la fine robe qui leur collait à la peau: ce fin tissus soulignait chacune de leurs maigres formes
    ‘Allez voir Fai, mes petites. Elle vous attend à l'étage, pour vous choisir des vêtements convenables. Vous les enfilerez après un bon bain! Hein? D'accord, les filles? (Elle sourit avant de les envoyer dans l'escalier.) Allez! Allez la rejoindre! Allez!’
Son instinct maternel avait primé sur ses préjugés fabulois; pour ce soir tout du moins. La prochaine fois, elles auraient à lui donner un coup de main. Pour l'instant, il fallait préparer la table et la cuisine, avant d'aider à la confection du déjeuner; elle avait donc à se dépêcher de ranger ces vestes plus imbibées que l'eau elle-même.

Dans sa chambre, Fai entassait les jupes et les robes avec un soin méticuleux, fourrageait depuis ses armoires jusqu'aux tiroirs; aucun placard n'échappait à son inventaire cependant qu'elle guettait l'arrivée de ses servantes.

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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Akumi/Yumi le Dim 12 Juin - 18:01

L'autre guignol lui frappa lentement la tête, comme des personnes normales le feraient de façon affectueuse. Mais lui, il montrait bien qu'il la détestait – tant mieux, s'il ne les aimait pas, il les libérerait plus vite. Il voulait lui faire mal sans vraiment la blesser, et elle ne serait pas tombée s'il n'avait pas plu: le sol mouillé fit glisser Akumi qui se retrouva assise dans une flaque d'eau. L'adolescente aussi commençait à s'énerver : de quel droit il la bousculait, si elle ne lui appartenait pas?!

«SALOP!» Hurla-t-elle en essayant de ce jeter sur lui, mais sa sœur la retint.

Yumi dut serrer ses mains autour des bras d'Akumi tant elle se débattait. Elle réussit néanmoins à la reculer et à la calmer. Pour rien arranger, le père de sa maîtresse revint l'embêter. La brunette se demanda s'il le faisait exprès ou s'il était juste un peu arriéré : Akumi allait vite s'amuser, avec lui, mais elle risquait de lui faire du mal et pas seulement pour rire.
Yumi laissa Dante prendre quelques mètres d'avance avant de se diriger elle et Akumi vers le manoir. Au moment d'entrer une femme se lança sur Akumi une serviette à la main et la frictionna avec énergie quand celle-ci la repoussa en se plaignant que la serviette la griffé. Une fois que les deux fillettes étaient sèches Yumi pris amicalement les mains de la domestique et la remercia avant d'aller vers la chambre de Fai suivie de loin par Akumi.
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Niiz le Dim 12 Juin - 21:31

Les vêtements étaient semés dans toute la pièce, jetés à la volée. Plus la gamine avançait dans ses fouilles, moins l'idée de ranger résistait à celle d'entasser d'abord, de rassembler après. Fai dut prendre un temps de réflexion posée, persuadée d'avoir oublié une bien belle toilette. L'enfant piocha rubans et serres-tête d'un petit coffret musical, et, entendant les marches de l'escalier, se pressa de faire s'envoler quelques autres robes (les garçons pouvaient porter des pantalons, bien pratiques — mais elles, petits bouts de femmes, devraient se contenter de robes avec pour seule liberté celle de les raccourcir jusqu'à un peu avant les genoux); en piocha un petit couple à peu près semblable, couleur de deuil mais qu'elle trouvait jolies; puis quelques linges blancs. Elle dévala joyeusement le couloir, autrement préoccupée que son père.

Le verre de rhum était vide, posé sur un coin du bureau — le troisième déjà bu, près duquel les dossiers s'entassent. Leurs chemises s'accordent au contenu; je ne trouve rien, aucune de ces affaires qui mettent en scène ces saloperies de magiques ou ces enfoirés de pratiquants. Mon orgueil me pousse à compulser des faits qui, maintenant, m'apparaissent bien plus fréquents qu'ils ne semblent l'être en vérité.

Bordel, qu'est-ce que je raconte? J'en exécutais tous les jours — et exécute encore. Où se sont planqués les mobiles? Un mobile, un seul, c'est tout ce que je veux. Même de seconde main, même venant d'une main de diplomate au lieu de la bouche d'un suspect vite coupable, vite châtié. Tout, n'importe quoi. Mais non: il n'y a rien. Rien que du vent, rien que du vide. J'entends frapper à ma porte; je me retourne: c'est, je crois, Louis qui m'apporte mes médicaments. Je sais où ils les rangent — ils n'en savent rien, mais j'ai pris soin de les remplacer par des opiacés forts. Dans mon état, c'est tout ce qui agit un tant soit peu sur moi et sur mon problème.

Le parquet était presque battu de ses esquisses d'une petite danse quand Fai ouvrit la porte de la salle de bain d'un coup d'épaule habile, invitant les deux servantes à l'y rejoindre.

    ‘Allez, venez.’ les exhortait-elle.
La petiote étendit ses robes sur le meuble de l'évier, après quoi elle se tourna vers la baignoire profonde dont elle régla l'eau.
    ‘Vous vous lavez ensembles ou l'une après l'autre? Que je sache jusqu'où je remplis.’
Elle jeta un coup d'œil sur les robes, leur demanda avec un sourire quel était leur avis.

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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Akumi/Yumi le Mar 14 Juin - 18:00

Akumi fut effrayée par cette espèce de tornade miniature qui passa juste sous leur nez et faillit les renverser. Elle s'agrippa à sa sœur (et Yumi s'agrippa à elle) pour ne pas descendre l'escalier en vol plané. L'ouragan passé, la brune rejoignit le bout de chou qui les appelait dans la salle de bain, suivie par Akumi, plus boudeuse. Tout bas, elle ronchonna « J'suis pas ton chien. » aux ordres que lui jetait Fai. Elle ne savait pas, cette gamine blonde, ce que c'était qu'être esclave ! Elle était libre, elle ! Et comme elle était née libre, ça lui servait d'excuse pour les insulter, les prendre pour des robots. Tout ça parce qu'elles étaient forcées d'obéir.

Sa sœur avait les yeux fixés sur les robes que l'enfant avait accrochées. Elles étaient si jolies ! Même si elles étaient noires, elles étaient mignonnes. L'adolescente trouva la petite gentille, de leur donner de si belles choses. Mais quand elle leur demanda comment elles allaient s'arranger pour passer au bain, Yumi sursauta d'entendre sa jumelle se récrier :

« Quoi ?! Mais tu nous prends pour des bébés, ou quoi ?! »

La brune regarda Akumi un instant avant de retourner à Fai. Elle se pencha sur elle et lui ébouriffa gentiment ses cheveux blonds.

« On se lave séparément. Akumi se lavera la première, et si tu veux, on fera un jeu en attendant. »

Akumi grimaça, sans rien dire.
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Niiz le Ven 17 Juin - 23:08

Fai laissait dire sans jamais s'offusquer. Les gens pouvaient parler, pouvaient crier ou l'enguirlander: peu lui importait. À la fin, ils ne remuaient que du vent. La jeune enfant n'était touchée que par ses objets de respect (tels que Dante ou ceux avec qui il arrivait à cultiver une conversation de plus d'un quart d'heure sans en venir aux mains — il fallait entendre: dans tous les sens du terme). Ces servantes l'amusaient et avaient leur importance dans son esprit, mais elles ne faisaient — heureusement — pas figure d'autorité.

Du vent venu d'en bas.

La blondine sourit aux deux filles, d'une joie tendre. Elle savait qu'Akumi ne serait pas aussi facile à vivre que Yumi; cette dernière saurait apprendre et comprendre. Pas la première. Butée, frustrée, fielleuse, elle était aussi immuable que le bloc de granit qui lui tenait lieu de père. Fai se tourna vers la douce, lui saisit les poignets avec une vivacité toute coutumière et l'entraîna à sa suite.

    ‘J'ai une idée!’ chantonna-t-elle.
Non pas que le fait fût si rare qu'il convenait d'être mis en chanson, mais la jeune demoiselle s'était torturé l'esprit quand il avait fallut chercher la livrée de ses petites servantes — en vain, ce qui lui avait laissé la marque amère de l'insatisfaction sur son travail. Elle amena Yumi jusqu'à sa chambre et tira de son précieux coffret deux colliers à grelot (l'un doré, l'autre argenté). La fillette les observa un temps; un temps d'arrêt, sur ces deux souvenirs. Il y avait déjà quelques années, son père s'était absenté une dizaine de mois. Pendant cette intervalle, elle avait recueilli un chat errant, pelé, malade; avait fait taire Louis et Lietta, avait préféré leur aide. Remettre le félin sur pattes avait ruiné l'argent qu'elle s'était fait en vendant ses petites œuvres (de couture, toujours assistées par sa nourrice) et assistant quelques personnes, tant et si bien qu'à la fin, elle n'avait pu lui offrir qu'une clochette d'argent.

Mis au courant malgré tout du nouvel animal domestique et des efforts de sa fille, son père avait opté pour récompenser les responsabilités prises par la gamine — du jour au lendemain, le chat des rues était devenu chat de salon, avec une clochette en or. Quand une semaine plus tard le petit animal mourut, Fai avait consolé l'incompréhension de son Papa.

    ‘Il était vieux, tu sais. Je voulais qu'il aille bien jusqu'à ce que ça arrive. C'est pour ça que je voulais pas que tu saves. Je savais que ça te ferait triste.’
Puis elle avait évoqué le mieux, le rêve. Elle n'avait pas parlé de mort, seulement de sommeil. Sa vision naïve du monde avait glissé dans l'esprit de Dante une chose qui s'y faisait rare: la nostalgie. Il avait eu un sourire peiné; n'avait pas su ce qui lui arrivait; avait pardonné en se demandant ce qu'il y avait à pardonner. Perdu. Le Paradis était une idée fort abstraite dans les mentalités, imperméables à tout divin.

Fai regardait les grelots, nichés au creux de ses paumes. Entre le pouce et l'index, elle saisit celui d'argent, le leva au-dessus de sa tête. Avec un plaisir juvénile, elle le fit tinter de son son si clair et si doux. Sa livrée, ce serait ça. La fillette s'approcha de la brunette et lui attacha le bijou autour du cou. Puis, prenant du recul, elle lui demanda:

    ‘Il te plaît?’
Alors qu'elle se souvenait qu'un jeu lui avait été proposé, l'enfant fila sous son lit, où sa main sinua entre diverses boîtes. Elle savait ce qu'elle cherchait; elle le trouva: un bel écrin de cuivre contenant une série de dominos.

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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Akumi/Yumi le Sam 18 Juin - 19:33

Yumi resta immobile là où la fillette l'avait laissée et l'observa sortir des grelots. Elle se demanda à quoi ils pourraient bien servir au bout de chou. Quand la petite le lui attacha autour du cou, la brune sautilla de joie à ce cadeau. Elle se retenait de la serrer contre elle, mais avec beaucoup de mal : c'était la première fois qu'on lui offrait quelque chose.

« Merci ! Merci ! Merci ! » s'écriait-elle.

Elle le répéta encore une dizaine de fois. Mais la demoiselle avait déjà disparu sous le lit, d'un bond. Et en un bond, elle était de retour, une boîte pleine de petits rectangles tachés. Yumi leur jeta un regard curieux.

« C'est quoi, ça ? »
Dans son bain (niark, désolée, les gars, pas de strip-tease!) Akumi regardait tout autour d'elle : plusieurs bouteilles étaient à portée de main. Elle en prit une qu'elle sniffa puis éclata par terre (vu l'odeur, ça devait appartenir au con, et c'était pas un compliment). L'adolescente s'amusa à ça avec toutes les bouteilles qu'elle pouvait atteindre, puis, après s'être habillée, avec la plupart des bouteilles de la salle de bain. Certaines furent mélangées dans le lavabo, donnant une mixture étrange et pas très appétissante.
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Niiz le Mar 21 Juin - 11:04

Fai s'accorda une virgule, en dépit de cette juvénile suractivité qui venait parfois la mettre en cage, pour sourire; assise sur le rebord de son lit, elle croisa sereinement les mains et paraissait trouver satisfaction à se repaître du bonheur d'autrui — ce plaisir un peu simple de recevoir qui animait la petite Yumi. Ce ne fut qu'une fois pleinement repue que l'enfant ouvrit et vida le contenu de la cassette ouvragée sur son couvre-lit et expliqua le fonctionnement des dominos avec de grands airs de préceptrice. Ce jeu-ci dura bien peu de temps, hélas: les dominos ne croulaient pas sous les règles, et, ajouta-t-elle elle-même avec un regard plein de malice:
    ‘C'est beaucoup plus amusant de les aligner et les renverser ensuite... (Elle cueillit l'un des petit carrés cuivrés qui s'apprêtaient à choir) Tu veux voir?’
La partie la moins drolatique consistait à présenter avec soin les fins objets debout sur leur tranche, petite armée en équilibre précaire — c'est souvent, aussi, la plus frustrante. Mais Fai était de ces petites filles oisives qui avaient la chance de pouvoir s'ennuyer les jours de pluie: elle avait su se construire de bons patience et coup de main. En peu de temps, elle finit une large spirale sur le sol de sa chambre. Puis elle invita la brunette à renverser le premier domino (tout en lui recommandant de ne pas renverser les autres dans le désordre, sinon “ça sera pas pareil”; la fillette voulait que Yumi vît cette jolie vague brillante qui les parcouraient l'un après l'autre, comme une onde électrique).

Je feuillette un bouquin — par dépit. C'est une acquisition récente, et secrète. Un de ces machins vendus sous le manteau, entre pilleurs de corps. Certains ont plus d'un grain; d'autres ont toute une grille en moins. Évidemment, jamais je n'achèterais l'un de ces livres, et, en temps normal, jamais je n'en ferais le recel. Disons que le sujet m'a inspiré: DE LA LYCANTROPIE ou RAGE NOIRE: le virus & sa cure. Je me suis surpris à espérer à la vue du titre. J'ai donc fauché l'ouvrage qui n'attendait plus qu'à être rangé dans le casier des pièces à convictions. À cause de ce petit larcin, mon collègue s'est fait taper sur les doigts et a dû relâcher le gusse qui s'était pointé avec le bouquin dans les poches.

Ce livret est minuscule: il tient tout entier dans ma paume et la reliure n'est pas plus grosse que mon pouce. Pourtant, schémas comptant, il doit bien faire huit cent pages. Aucune “cure” n'y est, juste des comptes-rendus, un journal détaillé d'expériences, les relevés d'autres. Au pied d'une page, des lignes légèrement translucides rayent le papier. Qu'est-ce que —

Qu'est-ce que c'est que ce bordel‽ Ça vient de là-haut. Les morveuses? Merde, si elles continuent de me faire chier, je les balance par la fenêtre; légalement, rien ne m'en empêche. Tant qu'elles ne claquent pas... Je jette le volume au fond d'un tiroir et m'engouffre dans la cage d'escalier. Si c'est l'une des deux servantes, je jure de mettre mon plan à exécution. J'avale les marches quatre à quatre. Fai pointe son nez dans l'entrebâillement de sa porte; elle décampe sitôt qu'elle me voit. J'arrive à la porte de la salle de bain, y frappe avec force.
    Qu'est-ce que tu fous là-dedans? (Question de rhétorique. De toute façon, je le saurai.) Bordel, ouvre!
J'arrête de cogner et jette un coup d'œil à la chambre de ma jeune. La porte est fermée; elle doit attendre que je me calme pour sortir. Je soupire, tâche de le faire.
    Ouvre-moi, la naine. Ou j'entre.
J'attends une minute, avec une tranquillité sinistre. Je suis à deux doigts de sauter à la gorge du premier venu. J'ai un rire nerveux:
    Bon, et bien, j'entre.
Je pose ma main sur la clenche et pousse la porte.

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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Akumi/Yumi le Mar 5 Juil - 15:02

Concentrée sur les paroles de Fai,Yumi fut surprise par la simplicité du jeu: les points blancs ne servaient à rien? Le bout de chou commença à faire un dessin, par terre, avec les dominos. Curieuse, la brune se pencha par-dessus le lit pour voir ce qu'elle faisait. Quand la petite lui demanda de s'approcher, elle essaya de faire doucement, pour ne rien renverser. Fai l'invita à pousser le premier domino, ce qu'elle fit. Yumi regarda tous les dominos se renverser, paniquée :

«Oh, non! Je suis vraiment désolée,je les est tous fais tomber!»

Fai se redressa et alla jusqu'à la porte de sa chambre, Yumi fut persuadée d'avoir vexé la petite jusqu'à qu'elle entendit un vrai bordel provenant de la salle de bains. Après avoir jeté un rapide coup d’œil au dessus de l'épaule de Fai, elles refermèrent vite la porte, effrayée de voir arriver une espèce de fou furieux.


Dans la salle de bain Akumi vidait encore quelques bouteilles lorsqu'elle entendit arriver celui qu'elle attendait. Elle aurait eu du mal de ne pas l'entendre étant donné qu'il frappait à la porte comme un malade.

«Je me lave!» répondit-elle de son ton le plus joyeux.

Elle choisit la bouteille la plus lourde et la plus dure qu'elle pu trouver avant de se préparer à l'attaque.

«N'entrez pas, Maître! Je suis toute nue!»

Dès qu'elle vit sa tête affreuse sur le pas de la porte, elle lui jeta la bouteille à la gueule. Pendant que le flacon tournait dans les airs comme au ralentit, Akumi tenta de se précipiter dans le couloir avant de glisser inexorablement vers son « maître ».
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Niiz le Jeu 7 Juil - 20:04

Fai s'était appuyée de tout son poids sur la porte: son père l'effrayait dans cet état, et s'il lui avait laissé les clefs de sa chambre, nul doute qu'elle se fût serrée à double tour dans l'attente d'une accalmie. Dante était de ces personnes instables à toujours prendre avec des pincettes, auquel cas l'on avait la chance immense de ne pas le voir sortir de ses gonds: tous le savaient capable de tuer dans cet état — ce qu'il avait déjà dû faire, bien que les affaires eussent été étouffées sitôt la bavure faite. Plusieurs gens eussent ainsi été suicidées, des suites d'un verre ou d'un mot de trop. Les accidents arrivaient aussi; même si brutal en suffisance pour briser des os, il voulait faire mal plus que tuer. La blondine inquiétée se rasséréna à la vue du jeu renversé, si bien qu'elle réussit à rire à la Yumi.
    Mais non! Haha, t'as rien compris! (elle s'assit près de la brunette, presque rayonnante) C'est le but du jeu, Yumi!
Distraite, Fai commença à ramasser ses dominos. Elle fredonna, l'humour mauvais, que “ça allait péter”.

La porte s'ouvre, sans résistance. C'est si facile que je me retrouve à glisser en avant. Ce qui me paraît étrange, c'est que je continue de glisser sans pouvoir me rattraper: je n'ai aucun appuis fixe, je tente de me redresser, mais rien n'y fait. Tout ce que je parviens à faire, c'est à tomber dans l'autre sens; ainsi, je gagné néanmoins l'avantage de voir qu'elle est ma chance dans mon malheur: un éclat blanc déchire l'air à quelques centimètres seulement de mon nez, si rapide que je pourrais croire avoir vu une balle — j'ai tout juste le temps d'identifier un flacon en cristal. Je crois n'avoir jamais été aussi près de ressentir de la peur à la simple vue d'un produit de bain. Mais je n'ai hélas pas évité ainsi de me recevoir le truc le plus douloureux de la salle de bain (après le rasoir) en pleine poire sans devoir en contrepartie supporter l'étouffant déshonneur d'amortir la chute de cette créature. La sale bête en profite pleinement pour m'enfoncer ses coudes entre les côtes. Tout à la fois si brève et si longue, cette action qui semble déformer le temps m'empêche de savoir si ce choc et ce bruit étouffés lui sont antérieurs ou postérieurs; je n'en sais foutrement rien, mais cela ressemble vaguement à un domestique assommé, et particulièrement malchanceux de s'être trouvé sur le chemin du projectile de cristal (qui dû survivre à la chute: je ne l'ai pas entendu se briser).

Je me relève aussitôt et regrette que cette ordure ne soit mon esclave pour lui empêcher toute fuite — je n'aurai pas besoin d'une bouteille, aussi solide soit-elle, pour la lui fermer et lui faire ravaler son culot mal placé. Je vais la faire payer, je le jure.

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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Akumi/Yumi le Dim 17 Juil - 15:06

Akumi essaya de se rattraper à quelque chose. Malheureusement, rien ne pu la retenir de tomber. Vite, son « malheureusement » se transforma en « heureusement » : la petite blonde profita de son élan pour s'écraser de tout son poids sur son « maître ». L'adolescente planta ses coudes dans l'estomac de l'espèce de nain pour se redresser vivement et filer dans le couloir en riant bruyamment.
Le bout de chou s'était remis assis et continuait son jeu comme si de rien n'était. Yumi s'inquiétait, elle, et ce jeu bizarre ne l'amusait pas vraiment. Quand elle rouvrit la porte, elle n'eut le temps que de voir un éclair aux cheveux blanc passer, comme une flèche. La brune regarda à gauche puis à droite, comme avant de traverser une rue. À gauche, il y avait le papa de Fai, étalé par terre. À droite, un domestique, lui aussi étalé par terre. Le jeu de sa sœur avait commencé. Elle se recula derrière le seuil de la porte et leva la jambe en espérant le faire tomber dans son élan.
De son côté Akumi glissait sur une rampe d'escalier pour le semer.
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Niiz le Dim 17 Juil - 23:22

J'ai les vêtement collants de savon: le sol de la salle d'eau en était couvert (ça pourrait expliquer mon gadin), ce qui n'empêche pas la blondasse de détaler comme un lièvre en fuite. En chasse du lapin blanc qui gueule à en réveiller les morts, ma course est un vrai parcours d'obstacles: je dois éviter de trébucher sur (comment il s'appelle, déjà? Ah, oui: ) le Louis qui commence à se réveiller du coup qu'il s'est pris en pleine poire (je concède qu'il s'agissait d'un joli coup et je suis bien content de ne pas avoir à vérifier l'intégrité de ma dentition comme lui) et tout à la fois culbuter cette conne qui croit m'avoir avec un croche-pied.

Fai avait laissé sa petite servante se présenter à la porte. L'enfant dévisageait la brunette avec un air de profonde désolation: lutter contre son père ne leur serait pas chose aisée, et s'il advenait qu'elles s'y frottassent, ce serait à leurs risques et périls — l'homme n'était pas facile d'approche, et bien moins d'atteinte. La pâle fillette se jeta néanmoins au secours de son esclave féline quand celle-ci fut tout bonnement projetée dans la chambre; la rattrapa avant la chute. Hélas bien moins éloignée du plancher que Yumi elle-même, Fai ne réussit à véritablement arrêter la terrible descente que du buste de l'hybride, l'agrippant par les épaules.


J'ai presque prise au collet de la bestiole quand celle-ci oblique soudain vers l'escalier. On voit qu'elle tient du sac-à-puces quand elle s'élance sur la rampe. Je sais qu'elle m'a bien distancé; elle ne sait pas que j'ai l'avantage du nombre: Lietta sort tranquillement de la cuisine. On la voit qui s'apprête à plier son tablier.
    LIETTA!’ que je hurle à m'en décaper les bronches. ‘CHOPPEZ-LA!
La camériste est coite, mais elle saisit la morveuse sans question, avant même qu'elle n'ait atterri; elle lui cache le visage dans le tissus qu'elle s'en allait ranger, comme on le fait d'une petite bête furieuse. Immobilisée. Enfin immobilisée. Ce soudain calme me donnerait presque le tournis. Presque. Carrément: cette agitation a dû accélérer l'effet des comprimés. Oh, peu m'importe, à vrai dire! Mais je vais quand même me tenir à la balustrade, sinon je vais tomber de sommeil. L'atmosphère me paraît bien légère, tout à coup… je me passe une main sur le visage, pour en retirer ces putains de fatigue et sourire: je dois être drogué. Un peu. Peut-être. Je m'en fous. Un peu. Beaucoup. Pas la peine de demander le martinet: je ne frapperai la mioche assez fort, dans cet état.
    Bouclez-là dans ma salle. Je vais me reposer. Je verrai quoi faire d'elle après.
Je souffle ça presque en m'endormant. Ça m'empêche pas de me mettre à rire, le cul par terre, la figure plongée dans les mains; bordel, on peut pas plus dopé! Enfin, je crois. Je me relève et faillis me ramasser bien trois fois avant de retrouver mon bureau. À mi-chemin, il me semble entendre la voix timide de ma fille demander ce qu'il y aura à grailler. Entré, je m'effondre aussitôt sur la causeuse. À plat, mais carrément à…

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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Akumi/Yumi le Jeu 21 Juil - 12:48

Pendant qu'elle descendait en flèche, Akumi ferma les yeux. Le vent dans les cheveux elle se sentait libre tel un oiseau volant dans le ciel, elle glissait et c'était merveilleux : elle voulait que cela dure toujours quand soudain on l'étrangla, on l'arracha de ce rêve merveilleux et pire : elle ne voyait plus rien. Quand elle entendit le nain aboyer de l'enfermer dans une salle, elle était décidée à vendre chèrement sa peau : elle se débattu à coups de pieds et de poings, de griffes et de dents. Elle s'époumonait, criait, hurlait, ruait pour qu'on la lâche. La grosse vache la traînait dans le couloir après avoir répondu à la petite merdeuse qu'ils mangeraient des tournedos Rossini.
Elle la jeta violemment par terre avant de refermer la porte avec hâte. Akumi se précipita vers la porte, se récria à coup de pied.
Yumi loucha sur cette grosse paume qui s'approchait, s'approchait de son nez avant de s'y écraser. Elle perdit l'équilibre et tomba en arrière. Elle était persuadée qu'elle allait se casser quelque chose quand Fai la rattrapa et l'empêcha de s'étaler de tout son long. Yumi se releva tremblante et dit merci au petit ange. Yumi se précipita vers l'escalier quand elle entendit sa sœur hurler, elle s'élança pour aller l'aider, suivit discrètement Lietta jusqu'à la salle où elle avait jeté sa sœur. Elle chercha partout un moyen de la libérer quand une meilleure idée lui vain à l’esprit. Elle allait demander gentiment au père de Fai de relâcher sa sœur lorsque celui-ci retournerait à son bureau. Yumi attendit qu'il fût rentré avant d'aller le rejoindre. Une fois près de la porte, un son étouffé de chute la fit se pencher par son entrebâillement : le petit homme était endormi (enfin elle l’espérait) sur un sofa. Yumi partit à la recherche du trousseau de clés qui permettrait de délivrer Akumi. Elle ne le trouva nulle-part sur le bureau, ce qui l'amena à penser que l'endroit le plus sûr où il aurait pu le cacher était... Elle le regarda. C'était pas possible… pas ça... pourtant …elle n'avait pas trop le choix. Yumi s'approcha et s'assura qu'il était bien endormi. Une fois certaine (hélas), qu'elle n'avait plus aucune excuse pour se sauver, elle commença à fouiller dans ses poches avec un profond dégoût.
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Dante Boïss le Sam 25 Aoû - 20:42

Yumi n'était pas bien lourde — il fallait néanmoins à Fai un effort considérable pour ne pas la lâcher et la suivre dans sa chute. De plus la petite esclave, pour se relever, dut prendre appui sur sa jeune maîtresse. L'une et l'autre sur le point de choir, elles parvinrent à recouvrir progressivement un équilibre indécis. La blondine en sourit, soulagée de ne plus avoir à subir ce poids qui l'écrasait à quelques centimètres du sol. Encore saisie par cette liberté retrouvée, elle ne comprit pas de suite la réaction fort téméraire de sa brunette.
Elle la vit s'engouffrer par la porte et disparaître comme à jamais.


    Yumi? appela-t-elle, essayant encore de comprendre son geste.
Puis l'attendue compréhension fut une décharge qui lui percuta l'estomac pour se répandre au reste de son corps: ses jambes entrèrent d'elles-mêmes en mouvement pour la précipiter dans le couloir.

    YUMI! YUMI‼ Reviens! Pas quand il a pris ses médicaments!
☙ • ❧
Dans mes rêves, je la sauve.
Tout suit le même schéma. Même sachant ça, je me donne à l'illusion — cette illusion d'abords merveilleux qui marque la fin des drogues, à la frontière entre le trou noir et le sommeil naturel. Je n'arrive jamais à me refuser à revoir ses cheveux blonds, à sentir le parfum de sa peau, à toucher la douceur de ses bras qu'elle jette autour de mon cou —
Même si tout ça est faux … .

Dans mes rêves, je la sauve.
Je me dis que tout y est différent parce qu'elle est humaine. Et c'est quand cette pensée me traverse qu'elle s'évapore, que son sang rouge et ses plumes blanches me recouvrent les mains, s'accrochent à ma chemise. Je suis seul dans l'arène; je serre ses plumes jusqu'à les briser. J'ai mal. La douleur est revenue. Plus vite que d'habitude — bien trop vite. La réalité est revenue comme elle le fait à chaque fois: Célén est morte. J'ai répandu sa viande aux yeux des vautours. Ils l'ont déshabillée de sa peau, ont bouffé sa dernière dignité avec des yeux nécrophages.
Célén est morte. Son corps nourrit les vers, anonyme — comme il avait caressé le mien. Sa plus grande fierté la fige dans le dernier déshonneur.

J'ai mal. Quelqu'un appui sur la douleur. Qu'on me foute la paix, bordel! On me fait déjà chier quand je suis debout, alors qu'on vienne pas s'asseoir sur mes sutures-maison quand je dors! Je choppe le bras maigrelet comme un crocodile l'eût fait entre ses mâchoires. Tout ce qui m'empêche de briser les os rachitiques et décalcifiés, c'est que ma main n'a pas de crocs. La pression a beau être forte, je l'éloigne de ma jambe en douceur. Je garde les yeux fermés — parce que je n'ai pas besoin de les ouvrir, mais surtout parce que je ne suis qu'à un cheveux de repiquer mon somme.

    Poche arrière droite. Dis-moi que c'est bien la clef que tu cherchais et casse-toi, tu seras mignonne.
Qu'elle me laisse rattraper ma nuit, même si je dois la passer avec un cadavre.
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Akumi/Yumi le Sam 25 Aoû - 23:39

Yumi cria de stupeur. Pâle, elle tremblait de la tête aux pieds, quand celui qu'elle pensait à moitié mort lui attrapa le bras avec violence. Elle poussa des petits cris plaintifs, de douleur et de peur... surtout pour la suite. Quand il lâcha prise Yumi recula rapidement avant d’enchaîner une quinzaine de courbettes.

"Je... je suis désolée !! Excusez moi !" supplia-t-elle tout en tenant son poignet douloureux. "Je vous en pris... relâchez-la... ne m'obligez pas à retourner la dedans..."

Elle le regardait, honteuse, mais elle ne pu s'empêcher de remarquer que quelque chose n'allait pas chez cet homme. Il avait beau se montrer froid et imposant, elle voyait qu'il allait mal, et elle avait cette impression depuis le départ. Son regard changea, elle baissa les yeux avant de murmurer:

"Vous tremblez..."
Akumi hurlait de rage. Elle frappait de toutes ses forces sur les murs, les portes... Elle en avait marre, marre d'être un objet, marre de cette gamine immonde, de cette grosse vache de servante, de ce nain stupide, de cette baraque... marre de cette vie ! Mort... Elle voudrait tous les voir mort ! Ils ne méritaient que ça ! Dès qu'elle sortirait de cette pièce, elle s'occupera de son cas à ce nabot ! Et... elle savait comment s'y prendre... il serait obligé de les laisser partir,elle, et sa soeur. Le faire souffrir... lui faire perdre tout ce qu'il a de plus précieux... l'humilier.
Elle s'immobilisa. Se mit à sourire. Bientôt tout ça sera fini...
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Re: La foire aux bestiaux [Limace]

Message  Dante Boïss le Lun 27 Aoû - 21:27

Elle a eu un cri à me vriller les tympans. J'entends encore un sifflement strident qui résonne entre mes deux oreilles. C'est peut-être pour ça que je l'ai lâchée: pour poser une main sur mon crâne qui fait caisse de résonance, même si ça ne servira à rien et que l'écho de sa voix ne s'arrêtera que dans mes rêves (et comme je suis plutôt cauchemars, je peux toujours courir pour ne plus l'entendre piailler). Le pire—selon moi—c'est que même après que je l'ai lâchée, elle continue ses pépiements désagréables et suraigus d'oisillon affamé. Je t'en prie: tais-toi… Je pige rien à ce que tu me chouines… Mes médocs font plus effet, c'est fini. Et j'ai mal au crâne. En plus de la jambe, je veux dire.
    Aaah… Ferme-la donc… Je te sortirai ta copine avant qu'elle crève de faim, t'inquiète.’ Je soupire et me frotte mollement les yeux avant d'ajouter: ‘C'est la loi.
Quel dommage, d'ailleurs. Ça me tenterait bien de voir combien de temps peu passer une de ces choses sans manger et enfermée dans une toute petite pièce coupée du monde extérieur; l'endroit parfait pour un meurtre. Très tentant, même. Mais pas si je dois payer une amende pour ça. Le moindre sou serait trop cher payer pour un déchet comme cette blondasse. Et la brunasse repart dans ses non-sens. Je lui jette un regard assassin (mais fatigué et assez terni par mon mal de crâne, j'y concède) puis regarde une de mes mains. Ah, ouais, non c'est pas elle: je tremble bien.
    Ça te regarde? Comment tu te sentirais si t'avalais une boîte de cachetons et que tu les faisais passer avec un whisky, toi? Dis-moi voir.
Je me redresse et me dis que j'ai sûrement loupé un chapitre sur la lycantropie dans le livret que j'ai confisqué. Pourquoi plus rien ne me fait vraiment effet? J'ai pourtant mis la dose, mais ça marche de moins en moins bien. Et c'est pas en deux ou trois prises que je peux me targuer d'être un drogué.

Et si c'était ça?
J'en ferais rire beaucoup: Général Dante Boïss, dit le Bourreau. Drogué à la morphine pour bosser plus cool, relâche et zen pendant qu'il fait sa boucherie. Qui veux des rognons? Ils sont frais, les rognons de dragon!—Finalement, peut-être que les cachets font encore un peu effet. Je me reresse et arrive à tenir en position assise. Parfait. Je vais pouvoir lui répondre face à face, dans les yeux.
    Vous boufferez à l'heure, après les domestiques. Je la lâcherai là. Peut-être. Mais pas avant. J'ai pas envie qu'elle me retourne ma table pendant que moi je mange.
J'ai déjà pas grand chose dans l'assiette, faudrait pas qu'on aille me le retirer de la bouche.

J'entends qu'on frappe timidement à la porte. C'est Fai.
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