Flor & Nube

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Flor & Nube

Message  Neralos le Mar 10 Aoû - 9:15

IDENTITÉ


Prénom : Flor & Nube
Nom : Silvan
Espèce : Be'arlan
Rang désiré : ''Inséparables'' ou ''Bonnie & Clyde en culotte courte''
Age : 5 ans
Sexe : ]Flor] ♀ ]Nube] ♂
Continent : Fabulya
Date de naissance :
Lieu de naissance : Fabulya

APPARENCE

Physique : ]Flor] Si seulement elle pouvait rejoindre ses pairs be'arlan, ils lui diraient comme elle est grande! Et oui: et c'est tout naturel, puisqu'ayant des grands-parents farÿd. Mais, non : elle se retrouve auprès d'humains qui la regardent de trop haut et qui la trouvent « mignonne ». N'empêche, le rose de son pelage, incroyablement lisse et brillant, à la texture de soie (non, je ne lis pas de pub pour shampooing pendant que j'écris ça) accueille une touche bienvenue d'un rose aérien courant le long de son échine, comme une rivière de quartz perdue dans le brun de sa fourrure. Celle-ci a tendance à rosir aussi au bout de ses oreilles, en plus du dos et de sa queue en panache.
Silhouette gracile – comme la majeur partie des orphelins – maintient altier et grands yeux expressifs couleur d'or liquide sont ses plus grands alliés pour séduire.
Sous son museau triangulaire se trouvera, la majeur partie du temps, un large sourire. Éternel sourire qui ne s'efface jamais: il change. Devient rictus le cas échéant, mais sans jamais s'effacer.
]Nube] Au contraire de sa sœur, Nube n'a aucune qualité physique notable. Be'arla à l'épaisse carrure, il dissimule une force remarquable pour cet âge. Il n'est pourtant pas bien gras, et ne mange jamais à sa faim, sans aller jusqu'à la sous-nutrition – chose commune à la grande majorité de ses camarades. Son poil, qu'il s'agisse de son dos grisâtre ou du reste de sa fourrure (tirant davantage sur le brun, couleur qualificative de nombreux be'arla) est si terne, abimé et presque hirsute qu'il fut bien difficile de lui attribuer couleur définie. Ceci dit, le petit s'en occupe bien peu : faute de temps, de moyen... et d'intérêt. Quelques cicatrices courent le long de ses pattes, son front, sa queue, ses oreilles, son museau, … souvenirs de ses petits débats ou ébats violents avec ses camarades : griffures sans gravité, morsures moins superficielles et cætera : grand pour le jeune be'arla qu'il est, mais encore bien petit pour un humain, il était leur proie favorite avant qu'il ne leur eût montré comme la vie paysanne renforce tant le physique que le caractère. Ses crocs sont aiguisés et, tout comme ses griffes, constituent une arme de choix en cas de confrontation.

Mais permettez que je revienne sur ce que j'ai dit : si rien dans ce portrait n'embellit ce petit, une chose reste remarquable en lui, petit détail bourré de charme : ses yeux. Grands, légèrement en amande, ils offrent à son petit visage cet air mutin et charmeur si propre aux enfants, mais qui lui restera passé ce stade de sa vie. Leur jolie ligne incurvée, si expressive, laisse voir des iris d'un doré soutenu.

Objets : ]Flor] Une petite dague à lame mince et de section carrée offerte par Niiz, tenant dans sa manche; des vêtements de couleur simple, terne, de bien dix ans et empruntés à des enfants humains devenus trop grands pour les porter à nouveau; toute une kyrielle de rubans, dernier souvenir matériel qu'elle conserve de ses parents. ]Nube] Un coutelas à lame plate et rétractable, hérité de son père ; une pipe en bois de bruyère de la même origine (il lui arrive de fumer, oui) ; la même chemise et le même short de la même couleur grisâtre depuis deux ans, maintes et maintes fois retouchés par Niiz (même si tant bien que mal).

MENTALITÉ

Caractère : ]Flor] D'une mentalité fragile, elle arrive pourtant à tous nous mettre dans sa poche. Il lui suffit d'un petit sourire, d'une parole lancée au bon moment. Elle a conscience de sa faiblesse, ce qui lui facilite la recherche de celle des autres. Elle sait mendier, faire pitié, même chez l'être le plus dépourvu de coeur qui soit. Et très vite, le porte-monnaie veut bien s'ouvrir. Flor arriverait à faire pleurer une pierre en quelques mots...
Si elle ne donnait pas sa confiance si facilement, ou si elle ne se laissait pas manipuler par les personnes qui lui sont les plus chères, elle serait redoutable manipulatrice, non-comptant son âge.
Toute dévouée à son frère, il est le seul à qui elle obéisse en aveugle. Aucune autre autorité ne compte à côté de la sienne. Dans le cas où sa peluche de frère viendrait à manquer à l'appel, elle n'en ferait qu'à sa tête.
Peu réfléchie, toutes ses actions sont alambiquées, dénuées de tout sens logique. Seuls ses mensonges sont soigneusement épurés et ont un goût de réel dont même la vérité est bien souvent dépourvue. Elle ne se lasse pas de jouer de mauvais tours à toute personne lui paraissant plus naïve qu'elle – autrement dit, elle adore jouer avec tous ses nouveaux amis.
]Nube] Flegmatique, sa patience a parfois quelque chose d'énervant. Elle constitue un rempart absolu face aux petits aléas et autres arias du quotidien, permet de ne pas frapper à tort et à travers, comme chaque fois qu'il se fait provoquer. Cette carapace n'est pourtant pas un obstacle à une bonne humeur et vitalité quasi constante, et ce malgré le drame de l'an passé : à six ans, on ne sait pas ce qu'est exactement la mort, le réel ou l'imaginaire et les limites entre ces deux derniers ne commencent à se forger qu'à sept ans. Ainsi comprend-il ce qu'est le mensonge, ses bienfaits comme ses méfaits... et ce don qu'a sa sœur pour convaincre. Il y voit un moyen de survie imparable et sait quand intervenir pour aider un peu les choses en subtilisant un porte-monnaie, une bourse, une montre ou un bijou. Quelque part, il est assez pragmatique.

Sa mansuétude empêche tout sentiment de revanche de l'empreindre, et il pardonnera toujours à tout ce qui n'aura touché que lui. Néanmoins, dans le cas où se retrouvent impliqués d'autres personnes, il ne fera preuve d'aucune merci et haïra de tout son petit être.

Tout son affectif familial s'est concentré, avec le temps, sur Niiz et sur Flor, qu'il protégera le cas échéant. Quant à ses amis, il leur servirait de bouclier humain que ça ne le dérangerait pas : s'il les protégerait à la vie, à la mort, dès lors qu'ils s'éloigneront de lui, il passera l'éponge sur leur souvenir aussi simplement que s'il ne les avait jamais connu. Il laisse ses relations se faire et se défaire au gré du temps, et ne fera aucun effort pour s'attacher à une personne plutôt qu'une autre.

Leurs passions : ]Flor] Se bichonner, choisir quel ruban (d'accord, ils sont tous de la même couleur grisâtre, mais elle peut bien faire semblant, non?) elle mettra pour aller voler avec Nube, rester soignée, ne laisser aucun plis apparaître sur ses vêtements: son apparence est très importante.
Révérer Nube, pour ses talents de voleur, la manie qu'il a de toujours lui servir de pare-balles, son impassibilité inimitable... et elle lui trouvera bien encore quelques autres petites paroles élogieuses à ma place, vous croyez pas?
Voir jusqu'où s'étend son pouvoir de manipulation sur ses pairs ou ses aînés – pardon, je voulais dire jouer avec des tas de gens différents à des tas de jeux différents comme la chasse au dahut ou au petit génie qui someille dans le brin de paille. Son sadisme – son inventivité fait le reste. Détrousser les gens fait aussi – un peu – partie de ses jeux préférés. Tant que c'est avec Nube. Mais, ça, vous l'auriez deviné, je suppose, à votre argent bizarrement envolé.
]Nube] Notre be'arla à la fourrure de cendre adore se faire beau sa sœur qu'il n'hésitera pas à gâter à la première occasion – ou à couvrir quand une mission vire au vinaigre. Oui : on n'attire pas les mouches avec du vinaigre, et le client a bien parfois la fâcheuse manie de se rendre compte qu'il lui manque quelque chose passé son petit entretient avec cette si charmante mendiante. Ou alors, l'endroit où il cachait sa petite épargne pour les courses était trop compliqué à atteindre en un simple mouvement du bras et l'opération s'est avérée peu discrète. Nube est kleptomane, et ce n'est pas lui qui vous contre-dira : une petite montée d'adrénaline dont résulte un bien joli pactole, c'est tellement plus efficace qu'un petit boulot honnête et si mal payé. Les rémunérations ne sont pas même certaines, si l'on prend le cas de Mamie « c'est bien, mon petit » et autres personnalités neltaines de moins en moins rares. Le vol, il en parle comme d'une grande entreprise avec concurrents et étude de marché. Ce n'est pas pour autant qu'il se désintéresse des arts ou de toute autre chose : ce tableau-ci ou cette montre-là peuvent rapporter de quoi gagner une indépendance totale de l'orphelinat et – qui sait ? – peut-être même qu'avec quelques économies, il pourrait se trouver un véritable chez-lui... reconstruire leur maison en campagne... et y vivre, avec Flor et Niiz. Comme avant.
Leurs aversions : ]Flor] Qu'il n'y ait plus de Nube comme il n'y a plus de Llum, de Papa ou de Maman. Cette simple idée lui fait mal, et le seul fait que Nube s'absente lui est parfaitement insupportable.
Ne pas être présentable. Non, mais, immaginez! Sortir sans ruban, ce serait comme sortir sans vêtements! Que diraient les gens?
Réfléchir à ce à quoi pourrait bien servir cette dague que lui a offerte Niiz fait mal à la tête. Et Nube ne veut rien lui en dire. Ah, si, un truc enfait: apparemment, ça fait mal.
Devoir obéir à quelqu'un: elle ne reçoit d'ordre de personne! Na, et puis c'est tout!
]Nube] Nube n'a pas d'aversions à proprement parler. Il peut dire qu'il n'aime pas vraiment le sucré, mais il en mangera quand même, il peut aussi faire remarquer que toutes ces règles qui créent un fossé relationnel entre adultes et enfants sont absurdes ou qu'interrompre sa parole est dérangeant, mais jamais il ne poussera ça à de l'aversion. Les seules choses qui pourraient le mettre hors de lui seraient que l'on s'en prenne à sa sœur ou à sa marraine. Mais si Flor est pour lui son univers en tant que jumelle ou qu'ultime proche vive, s'il arrivait à cette dernière de le manipuler, il se révolterait avec force cris – pourrait même, à regret, en venir aux mains.
Rêve, but : ]Flor] Devenir pirate, bien sûr! Vivre avec Niiz loin de toutes ces brutes d'humains, à bord du Black Fox! Retrouver Papa, Maman et Llum est impossible, de toute façon. ]Nube] Devenir pirate, comme Niiz. Mais que croyez-vous? Le confort et la richesse du Black Fox ne font aucun doute ~ Mais, reconstruire leur ancienne maison et y vivre, tout simplement, ne serait pas mal non plus.

CAPACITÉS

Pouvoirs : ]Flor] Entrer en contact avec une âme (de son sang si vivante) dès qu'elle touche un objet lui ayant appartenu. Nyctalope. ]Nube] Nyctalope, lui aussi, comme le reste de sa famille. Il peut repérer tout mouvement de trois à dix mètres à la ronde de par son acuité tactile.
Point faible : Ce sont de très jeunes enfants, incapables de se défendre face à des adultes. Ils sont facilement éblouis.
Point fort : ]Flor] Elle sait s'improviser une arme avec le premier objet qui lui passe sous la main. Elle attire facilement la pitié et ses dons de comédiennes l'ont sauvée plus d'une fois. ]Nube] Sa force physique est remarquable pour son âge, et sa capacité tactile à pressentir toute approche en font quelqu'un d'alerte.

RELATIONS

Ami : Davinel*
Meilleur ami : Oban (l'échangeur)*
Ennemi : /
Neutre : Des orphelins*
Connaissance : /
Amant : /
Amoureux : /
Famille : Niiz, Dante

Compagnon : L'un pour l'autre.
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* pnj
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HISTOIRE

Famille : Mère – Anna, be'arle grise, descendante directe de Néralos (r.e.p) ; Père – Salem, be'arla rouge (r.e.p) ; Benjamin – Llum, farî'disos brun.
Leur passé :
CERTAINES HISTOIRES ne peuvent être comprises que si nous les débutons bien avant la naissance de nos héros. Cette fois ne fera pas exception : et c'est presque deux siècles plus tôt qu'il nous faut revenir sur un jeune farïd vert. Tous en ont entendu parlé comme d'un bruit de fond, mais toujours son nom inspire le respect parmi la gent nascarienne. Néralos.

Comme tous ces Grands mortels de l'époque, il a eu à faire avec les dieux par bien des fois. Si sage, si doux, il prenait chaque détail avec un sérieux incroyable, si différent de son enjouement de l'enfance ! Il eût pu être un grand roi ; au lieu de quoi il refusa même son titre de prince. Là fut son seul faux pas. La seule chose qui permît au doute de s'ouvrir une porte dérobée à même la conscience populaire. Pourtant, Néralos fut et restera un emblème pour chacun... le méritait-il, cela est bien différent.

Toute son histoire semblait régie par le destin, depuis les aventures de Noshlor jusqu'à son dénouement. Sa mère décédée, son père l'en tint alors responsable et, le jetant à la mer, le laissa pour mort. Pourtant, il survécu et réussi à atteindre les rives fabuloises. Il fut recueilli par un pêcheur, Gustave, apprit son métier. Très vite il parvint à devenir indépendant, mais resta toujours attaché à son seul ami. Il ne gardait alors aucun souvenir de sa vie passée en tant que prince : il n'était que ce petit Néralos, vert farïd que les Fabulois aimaient rencontrer les jours de marché. Sa vie était paisible, loin de tout ce qui faisait les conflits... Puis il y eut cette tempête, sur la plage. Le froid, la colère de l'océan, et, ombre blanche dans le sable soulevé en bourrasques, Axias. L'enfant qu'il était alors avait cru à une apparition, et tenté de sauver la belle. Gustave les avait retrouvés, inconscients, couverts de sable cependant que l'eau ne cessait de monter : son fils adoptifs serrant dans ses bras la petite, ce dernier n'avait pu la mettre à l'abri. À leur éveil, les deux farÿd s'étaient épris l'un de l'autre – et déjà sa belle avait commencé ses mensonges. Amoureux, Néralos lui pardonnait tout. Les jours passant, ils se revirent au palais de Nascarian. Jamais il ne la verrait plus blanche ni même appartenant au Bien après cette rencontre : la dernière avec celle pour qui il cultivait ses sentiments amoureux.

Le Mal avait commencé à se frayer un chemin sur les terres neltaines. La forêt bleue bruissait de présences néfastes. Le jeune prince coupait à travers bois, s'en allait rejoindre le seul qui eût un jour pu se prétendre comme étant son père, quand il la reconnu. Il s'était senti révulsé par le changement qu'avait provoqué en sa princesse le Sombros, mais il ne pouvait se résoudre à la haïr comme à l'oublier. Il l'aimait et lui jura de toujours la suivre, quoi qu'elle fît. Promesse qu'il ne sut tenir. Gustave avait été tué. Le petit farïd ne voulait plus être un obstacle aux seules personnes auxquelles il s'était attaché, aux seules qui lui importait. Toute magie l'habitant autrefois venait de le fuir, aussi put-il se laisser mourir au fond des eaux du Désert Changeant. La mort ne voulut pas de lui ; Arielle l'arracha de l'étreinte des flots. Il rejoignit la résistance, apprit quels liens de sang l'unissait à Axias. Effrayé par elle, il ne pris cette nouvelle qu'avec une sorte d'indifférence. Il paraissait dans un état second. Ce qui ne l'empêcha pas de cracher toute sa rancune à la face de sa belle au cours d'une nouvelle rencontre, fortuite, au cœur même de Nelta. S'en suivirent son attaque du repaire, sa mort. Néralos étouffait de par sa culpabilité, et s'en fuit. Ce fut le dernier acte qu'il fit qui blessa sa famille, la reine le ramenant au repère...

Il voyait les petits grandir, le temps passer avec lenteur, la guerre ravager les vies. Lui-même se sentait vieillir, et non grandir... Niiz ressemblait à tout ce qu'il s'était contenté de voir en Axias. Axias, qui était partie il avait déjà trois ans de ça.
Il ne l'avouerait jamais, mais il ne fréquentait la petite que pour faire vivre plus longtemps ses souvenirs. Celle-ci, pourtant jeune, avait fini par comprendre ce qu'il voyait en elle. Elle ne l'avait pas repoussé, trop ingénue pour décrypter davantage. Mais ça suffit au farïd pour s'éloigner d'elle tout le reste du jour. Il alla à Nelta, se promena dans les ruelles sans faire vraiment attention à ce qui l'entourait. Il leva les yeux et aperçut une jeune farî'disaess. Argentée. Ni vraiment noire, ni vraiment blanche, elle avait les yeux dorés. À peine plus jeune que lui (13 ans, peut-être), elle semblait aux prises avec un garde. Du peu qu'il entendit de la dispute, il déduit que l'homme avait volé un collier à l'adolescente, un collier qui devait appartenir à la mère de la farïd.
Sans trop réfléchir, il s'élança dans leur direction. Le garde était reparti, la jeune n'avait pu récupérer son bijou. Elle baissait maintenant la tête, malheureuse. Fut-ce à cause de la précarité de ces derniers temps ou de la simple perte du précieux torque, elle suivit l'inconnu jusqu'à un bar. Parce qu'il avait l'air sympathique, elle n'avait pas eu de soupçon le concernant, n'avait pas remarqué quels regards il arrivait à l'adolescent de lui lancer ou comme ses sourires devenaient carnassiers plus avançait la discussion. Jamais son verre ne se vidait... L'alcool apporte l'oubli du futur, pas du passé, et elle l'apprit à ses dépends quand, au réveil, elle se vit seule dans une chambre qu'elle ne connaissait pas, nue entre les couvertures. Bien d'autres détails lui apparurent ensuite, qui ne lui présentait pas la situation sous l'angle le plus tragique: la fuite du farïd passa d'abord pour une absence courte, comme le lui aurait suggéré ce chocolat encore chaud déposé sur un coin de la table.
Petite attention délicate.
Mais jamais elle ne revit Néralos. De cette nuit elle conserva un souvenir permanent, qui arrondit son ventre, lui fit perdre son père, son honneur en tant que farî'disaess

Ainsi naquit Noah. Un fils de personne, comme il y en eut bien d'autres à cette époque : il n'était ni le premier, ni le dernier, et peu importât de qui il tint les yeux ou la fourrure : sa jeune vie de vagabond commençait à peine, et le petit prince des rues faisait fi de ces détails. Seule comptait sa mère, pour qui il aimait travailler. Menus services, petites courses, aucun de ces emplois ne lui échappait en ces temps troubles. Si Néralos s'était désigné comme son père, tous n'auraient eu de cesse de soupirer comme ils étaient semblables : le petit était des plus serviables. Docile et débrouillard, il acceptait chaque directive et l'appliquait à la lettre. Ce tout jeune n'avait pas deux sous de malice à son compte et se confortait à subir. Ce ne fut par ailleurs au cours d'un jeu d'enfant mais d'une tâche qui finirait de lui rapporter trois petits cuivres et deux argents qu'il croisa Nolshira. Jour chaleureux d'été, six années après qu'il eut vu le jour dans ce petit appartement, sous les toits, que sa grand-mère avait pu payer avec peines. Hormis elle, aucun des trois membres de cette famille décomposée ne travaillait officiellement : sa mère se mourait, atteinte d'un mal qui avait tout d'incurable et lui ne glissait son maigre revenu qu'ici ou là, discret comme une ombre. Jour chaleureux d'été qui accompagnait les pas de Noah d'une poudre de terre sèche. Apporter son pain à la mère Maya était une tâche chère payée, selon lui, et ce malgré ses longs discours moralisateurs sur le retard ou les enfants qui finissaient grands sans l'aide de père. Une tâche payée trois cuivres et deux sucreries quand la mère Maya était de bonne humeur. À un carrefour, distrait par cette idée, il ne vit la belle farî'disaess si distinguée, pourtant sur sa route. L'impact était inévitable ; il réussit cependant à ne pas faire tomber le pain, ce qu'il paya en éraflures supplémentaires. Il allait s'excuser quand la Dame s'interrompit pour le dévisager étrangement.

Il ne savait pas comme il ressemblait à Néralos, et Niiz – car c'était bien elle, et tous la connaissaient à cette époque comme une personne des plus dures, justes bien que sévères qui furent – détaillait chaque parcelle de sa mine comme effarée par cette personne si noble dont il risquait le courroux. Le rapprochement entre le père et le fils était obligé tant que l'on savait ce que l'on cherchait dans les traits de l'enfant, ce qu'avait fait Néralos... ce que savait Nolshira, en somme.

Sur le chemin qui menait à la maison de la mère Maya, ils discutèrent. Noah jamais n'aurait un jour pu soupçonner qu'un jour il parlerait ainsi à une personne pratiquement adulte. Alors qu'elle lui parlait de Sybala, lui entamait une tirade sur ce qu'il savait des ruelles en construction, des antiques coupes-gorges, des discrètes venelles veinant tout un réseau résidentiel. Ils rirent, un peu. Et avant de partir, l'adolescente lui glissa plus d'argent que n'en avait jamais gagné sa grand-mère en trois pleins jours de labeur : ces deux argents qui lui permirent d'aider un peu sa mère et firent mieux connaître cet étrange personnage à cette petite famille disloquée. Deux argents et trois petits cuivres qui ouvrirent la porte à nouveau destin.

VOICI DONC LA FIN DE NOTRE PROLOGUE, et ainsi nous pouvons enchaîner sur la suite, qui ouvre enfin sur l'histoire de Flor et de Nube, ces deux jumeaux : le sujet qui nous intéresse.

LE PAPILLON s'envolait. Cela faisait un mois qu'il était chrysalide, entamant une nouvelle étape de sa vie au creux le cette poutre : celle du toit. Tout ce temps, Llum n'avait cessé de l'observer. À trois ans, il n'avait de cesse de babiller « Pillon ! » avant même que la chenille n'eut achevé la construction de son cocon. Agile, le petit farïd avait escaladé les poutres aidé de ses griffes : profondément enfoncées dans le bois, elles lui assuraient une totale sécurité. Ce petit ressemblait en tous points à son grand-père, seul farïd de son arbre généalogique : la génétique avait voulu que ce soit lui qui hérite de l'espèce et de la magie de son antique ancêtre.

Flor, elle, se roulait dans les blés à la recherche de coquelicots : fleurs rouges qui fanent dès leur cueillette. Son aîné Nube taquinait le benjamin du trio. Le tableau d'une fratrie des plus classiques, peut-être, mais dans les campagnes neltaines. Si cette petite famille n'était pas dévisagée avec dégoût, c'est qu'elle se clamait daribadienne au plus profond de ses origines ; qu'ils n'avaient jamais fait preuve de la moindre once de magie en public. Et dans l'ombre, ils continuaient de recevoir la visite de cette Maln'synyramirnaya dont la tête était mise à prix : Nolshira, devenue marraine des petits. Ils avaient donc quatre et trois ans. Et ils vivaient un quotidien des plus classiques pour tout Neltain, si l'on mettait à part leur invitée irrégulière. Tout se cassa la figure au cours de l'une des journées de routine. C'était la première fois qu'ils emmenaient Llum au marché. Cependant qu'ils préparaient le petit, il n'avait de cesse de mimer l'envol de son papillon avec une fierté toute enfantine.
    ' Gade ! Un pillon ! '
Dans la foule, il tint fermement la main de Nube, trottinant à son côté, titubant de la même façon que n'importe quel enfant. Un chasseur vendait son gibier à un étalage. Les yeux du tout petit croisèrent ceux d'un lapin dont le torse était traversé d'une flèche. Suivant le regard de son petit frère, Nube prit le petit corps avec une moue triste, songeant comme il était dommage que le petit animal dormait pour ne plus se réveiller – comme Maman le lui avait expliqué pour son grand-père. Si Llum ne savait pas ce pourquoi l'animal ne bougeait plus, il sentit en le caressant que quelque chose l'avait quitté. Plus jamais il ne sentirait les champignons dans la forêt, la rosée sur son pelage... Plus les idées se bousculaient dans sa tête, plus il se remémorait ces sensations, jusqu'aux plus anodines. Un mouvement, léger, surprit le be'arla. Une respiration, la sensation d'un cœur qui bat. La stupéfaction le heurta de plein fouet, tant et si bien qu'il en lâcha le petit cadavre au regard pétillant et aux gestes revivifiés. Les passants se tournèrent au passage du lapin qui courait sur les pavés et faisait fi de cette flèche qui le traversait toujours de par en par, puis se retournèrent sur ces gens qu'ils croyaient si bien connaître. Inquiétée par leurs observations, quels regard trahis ils posaient sur elle et sa famille, Flor se cacha dans les jupes de sa mère. Trahis ? Non, elle voyait bien qu'ils étaient dégoûtés. Ce n'était plus comme des voisins, qu'ils les voyaient, mais comme des parasites, de la vermine à exterminer. Le silence les pesaient, et Salem se tint sur ses gardes quand ils revinrent s'abriter dans leur maison.

Llum continuait de babiller, content de lui : le lapin rentrerait chez-lui, lui aussi.

    ' Flor ?
    Hmf...
    Flor ! '
La petite be'arle ouvrit enfin ses yeux dans la pénombre. Nube, agrippé à l'échelle de leurs lits jumelés, avait l'air inquiet. D'une voix ensommeillée, elle l'interrogea sur ce qui le poussait à venir la secouer et à interrompre le si joli rêve qu'elle faisait : un jour d'été à se rouler dans l'herbe et à...
    ' J'ai entendu du bruit, et dehors il y a des gens. Pleins. '
Cette remarque aurait pu être des plus anodines si deux kilomètres – et encore, à vol d'oiseau – ne les séparaient pas de l'habitation la plus proche. Sans un bruit, Flor se laissa tomber sur le sol. Celui-ci craqua à peine quand il reçut le poids imperceptible de la petite. Discrets, les jumeaux se coulèrent jusqu'à l'embrasure de leur fenêtre, prirent prise sur les branchages de leur arbre-cabane. Là, Flor constata que Nube avait raison : le village entier entourait maintenant leur propriété et paraissait vouloir se rendre justice elle-même. Mais la petite be'arle ne comprenait pas leur immobilité...
    ' Mais ils font quoi ?
    Ils font le feu en bas ! '
Le cris de Nube avait transpercé la nuit. Incapable de se contrôler, il retourna dans sa chambre, bien décidé à prévenir ses parents, à emporter son petit-frère. Comme si les incendiaires ne commençaient qu'à s'éveiller, ils jetèrent insultes et cocktails Molokov aux deux jeunes. Plusieurs se brisèrent sur les ramures dont l'appui autrefois rassurant céda, dévoré par les flammes. Quand les branches se dérobèrent sous les jambes, qu'aucune prise ne lui fut plus possible, Flor crut à un cauchemar. Sa chute lui paraissait irréelle, elle qui jamais n'était tombée de vieux chêne : son petit monde bien à elle, si sûr, tentait de la blesser. La main de Nube se referma sur la sienne. Voir Flor choir avait effacé toute autre image de sa tête et ce geste, désespéré, l'avait entraîné dans sa chute. Les blés se refermèrent sur eux – d'autres ployèrent, se brisèrent sous leurs poids joints. Ils parvinrent à se relever et, désorientés, ils coururent dans le champ en ayant pour seul repère le brasier dans lequel se noyait leur maison. Repérés par les sillons que leur course traçait dans l'océan blond, ils furent bien vite la cible des armes de fortune des villageois. Le feu fut plus prompt encore à dévorer les longues tiges sèches des céréales qu'il ne le fut pour leur logis, leur arbre ; malgré les efforts que semblaient mettre en œuvre les flammes pour s'approprier leurs vies, le feu était encore à bien des pas d'eux quand ils quittèrent le champ, se réfugièrent à l'ombre d'un bois que le feu ne pu atteindre.

Longtemps. C'est ce qu'ils vous dirons quand vous leurs demanderez le temps qu'ils attendirent pour que partent les incendiaires : Hommes et même Be'arlan mus par ce même dégoût de la magie. Révoltés par l'acte irréfléchi – le miracle – d'un petit farî'disos qui savait à peine parler ou courir. Quand enfin ces bêtes furieuses délaissèrent la scène de leur crime, tout ce qui n'était pas de pierre au rez-de-chaussé avait été consumé ; le premier étage s'était effondré sur ses fondements ; l'aube poindait, grise.

Flor ne voulait pas bouger. Recroquevillée sur elle-même, elle regardait les ruines d'où saillaient des poutres brûlées et s'envolaient d'épaisses bandes de fumée comme s'il ne s'agissait pas de ce qui avait été autrefois leur chambre, leur cuisine, leur salon – comme si tout ce qu'elle voyait n'était qu'une illusion.
Le fruit de son imagination.
Ce n'était pas possible, après tout. Ça ne pouvait pas s'être passé.
Mais la main de Nube serrée sur son bras donna raison à la petite part de son esprit qui savait que c'était bien vrai. Que ce n'était pas un mauvais dont elle sortirait dès que le coq lancerait son cocorico.
    - Viens.
L'appel semblait venir d'ailleurs. Pourtant, la jeune be'arle obéit à cet écho, sans chercher à protester. Elle se laissa mener vers le cadavre de ce qu'elle ne pouvait même plus décemment appeler maison, et avec son frère, ils fouillèrent la cendre épaisse qui recouvrait toute chose.

Nube fouillait lui aussi de son côté. Un linceul de cendre couvrait son monde. Plus il avançait, laissait d'empreintes entre les meubles éclatés, les restes calcinés d'objets qu'il arrivait à identifier avec frissons, plus il lui devenait difficile de ne pas céder aux larmes. Le brouillard qui pesait sur son esprit avait commencé à s'effilocher et lui apparaissait alors tout ce que signifiaient chaque détail : les barreaux noircis d'un petit lit, la bouilloire informe. Une odeur lui parvint, une odeur qu'il ne comprit et ne comprendrait pas avant des années. Les effluves provenaient de l'une des deux pièces encore cerclées de murs. Circonspect, il s'en approcha, faillit en dépasser le seuil. L'air semblait s'être épaissit ; sa bouche devint pâteuse ; sa gorge se serra. Si rien ne l'avait physiquement retenu, tous ces détails l'éloignèrent sans qu'il le sut des dépouilles parentales.

Il avait cru entendre Flor l'appeler, comme au sortir du sommeil.

La boîte était grise de cendre et la peinture avait brûlé.
Mais elle la reconnaîtrait entre mille. La boîte à musique de sa mère. Cette petite malle pleine de trésors qui avait été préservée – ou du moins, en partie – des flammes.
Elle laissa glisser ses doigts à la surface du coffret.
Elle remonta la clé.
Elle releva le fermoir. Fit balancer le couvercle.
Aussitôt s'éleva cette petite mélodie qu'ils avaient tant entendu, ces harmoniques si typiquement sybaliennes. Le silence qui pesait alors sur eux se brisa. Ce qui avait servit de carcan à leurs émotions se brisa.
Et ils pleurèrent.
Plusieurs de leurs larmes se noyèrent entre les rubans et les bijoux de la mère, le nécessaire à fumer et le canif du père. Une bouteille de parfum s'était cassée, sont contenu évaporé. Cette douce fragrance, mêlée à celle du tabac, fit remonter des souvenirs pourtant proches qui leurs parurent centenaires.

ILS ÉTAIENT ARRIVÉS EN VILLE, main dans la main. Inséparables, liés à la vie à la mort. Ils avaient pénétré dans sa boutique, hauts comme trois pommes, avec cet air hagard et ces vêtements tout de poussière couverts. Sous celle-ci, l'on devinait aisément qu'il s'agissait de pyjamas. Oban avait dû leur offrir une expression des plus comiques ; tout ce qu'il savait, c'était que jamais il n'avait senti son visage faire un tel assemblage de mimiques. Oban était échangeur dans la ville d'Elaskia, et n'avais pas pour habitude de recevoir en son échoppe des enfants en si bas âge, et bien moins encore qui ainsi accoutrés lui présentaient d'aussi belles perles que celles qui finirent dans ses vitrines (et lui furent achetées par une noble neltaine très cotée).
    ' Combien en voulez-vous ? ' s'était-il alors méfié, sa loupe de joailler encore inclinée sur les deux dizaines de petites sphères nacrées.
Quelle ne fut pas sa surprise en entendant le plus grand des deux – ce qui était beaucoup dire – annoncer qu'il n'en voulait que deux ors un argent six bronzes. Il sut plus tard qu'il s'agissait d'une estimation du couturier son voisin du montant nécessaire à une remise à neuf de leurs atours.

Ingénus, ils avaient annoncé cette somme en chœur ; évanescente chorale d'enfants. Il n'avait pas cherché à savoir d'où lui venaient ces deux petits et avouait avec aise qu'un « truc » chez-eux l'avait suspendu dans ses questions. Il parla beaucoup du regard du tout jeune mâle, de la voix de la femelle. Que ce « truc » qui l'eut retenu fut l'un ou l'autre, un fait certain est et subsiste : ce fut bien moins pour l'argent que ces enfants qu'il accepta leurs perles ; leur donna leur dû ; ne posa aucune question. Pour ces petits auxquels déjà il s'était attaché. C'est ainsi que le vieil Oban, échangeur de métier, s'englua dans les charmes dont est capable la graine du premier âge.

À l'ombre d'une niche de l'orphelinat, un enfant surpris leur conversation.
    ' Tant pis pour les propres. On va les ranger, t'inquiète !
    - Dans la boîte ? ' interrogea Flor. ' Si Zémy les voit tout sales, elle va pas être contente. '
Flor avait l'esprit tourmenté par l'abandon qu'ils faisaient, Nube le voyait, le sentait. Mais il avait le mauvais pressentiment que quiconque trouverait leurs vêtements neufs, copie conforme de ceux qu'ils avaient montrés au couturier, s'en accaparerait. Bien sûr, tout ce qui passait les portes de l'orphelinat appartenait dès lors à tous ses occupants, le surveillant le leur avait dit quand il avait prit les rubans de la be'arle. Mais les originaux de ces costumes-ci leur avaient été offerts par leur marraine, et ils voulaient lui faire plaisir quand elle les verrait.
    ' Vous faites quoi, tous les deux ? ' demanda le petit espion, peu avant d'aviser un coffre de bois enfoncé entre terre, mauvaises herbes et pierrailles. ' Vous avez pas le droit de cacher ! Le surgé doit les voir avant ! '
Le petiot eut le souffle coupé quand Nube le renversa dans la végétation asséchée, son avant-bras comprimant le thorax du petit d'homme. Le geste était violent, mais la voix resta douce. Calme. Posée.
    ' Tu sais ', commença-t-il avec lenteur. ' Tu sais, nous, on a quelqu'un qui viendra. Et si tu as vu quelque chose, on devra discuter. Elle, c'est pas nous. On sait pas comment elle peut nous venger.
    - En plus, toi, t'es comme les autres : t'as plus personne. '
Voilà comme la voix de Flor acheva d'effarer l'enfant. Son ton était d'autant plus sinistre qu'elle s'était rapprochée. Son ombre s'étalait sur le garçonnet. Il lui eût suffit de décaler sa patte – si peu ! – pour renforcer la pression qu'exerçait son frère sur le buste juvénile. Cette même idée dut effleurer le si petit homme, car celui-ci, pour assurer sa domination, accompagna son acquiescement de plaintes aiguës. Déjà et avant même que Nube n'abandonnât ce corps gémissant, les larmes perlaient aux yeux du gamin. Ce n'était pas un caïd, et ils le prirent en pitié. Le be'arla l'aida à se redresser, sa sœur en défroissa un rien la chemise.
    ' On aimerait être tes amis. Mais on a pas la preuve de ta fidélité. (La rose échangea une œillade avec le gris avant de poursuivre : ) Alors on a un test. T'échoues et tu te fais des ennemis ; tu y arrives et tu t'as des amis. Alors, tu acceptes ? '
Le petiot hocha le chef, frénétique, sans même réfléchir : sa crainte avait brisé sa voix, et des peurs anciennes embrouillaient son esprit de scénarios impossibles, dont les terribles chimères se tenaient à ses côtés, bien réelles.
    ' T'iras chercher mes rubans chez le surgé. '
Le loupiot étouffa un « … mais …! » perçant quand il croisa le regard de Nube, qui, bien qu'inexpressif, n'avait jamais été si froid, vide, désert. Parcouru d'un frisson, le petit Davinel sut que cet être-là était capable de tout.
Le lendemain, Flor se coiffait de ses nœuds gris.

DAVINEL leur fut souvent utile. Jamais le freluquet ne se faisait prendre. Discret comme une ombre, son seul paiement était la garantie de toujours être protégé physiquement par ceux qu'il appelait ses amis. La peur se mua en respect, le respect en asservissement. Les simagrées de Flor avaient fini de lui faire croire en une solidarité profonde. Il était devenu leur ombre.
Leur créature qui jamais ne mordait la main nourricière.

Il remettait Nube en combat quand celui-ci se faisait mettre sur la touche.
Il était la poupée de Flor.
Il était et l'adorateur et le fétiche.

L'UN AVAIT ONZE ANS. L'autre cinq. Les tailles, inégales. La provocation, lâche. On eût pu penser que tant d'enfants sous le même toit, réunis par des ennuis communs, se seraient unis, auraient proclamé un traité d'entente. Mais il y avait des figures d'autorités, et ces petits singes pour les singer. Voilà comme se font les clans. Et les clans ont nécessité de parias, ne serait-ce que pour se garantir un ennemi commun. Nube inquiétait de par son physique, et aucun chef ne voulait d'un outil rebelle. Flor inquiétait de par sa vanité, et aucun chef ne voulait se voir distraire. Ces puissances de corps et d'esprit, ils ne savaient les comprendre ; l'incompréhension engendre la crainte ; de la crainte naît un désir de destruction.
Celui qui portait le premier coup était sanctionné par le « surgé », mais à ne pas répondre à celui qui portait le premier mot, c'était les enfants qui se chargeaient de trouver punition. La lapidation était souvent de rigueur.

L'un, farî'disos, avait brisé le poignet de Flor. L'autre était Nube. En plus de n'avoir que la moitié de l'âge de son adversaire, il possédait à peine plus que le demi de sa taille. L'oreille en sang, le bras zébré de griffures, si Davinel ne l'avait pas remis en jeu, ces charognards à son entour se seraient chargé de l'achever. L'œil brillant, ces prétendus camarades attendaient le massacre, préparés à ce que leur chef leur donne leur part du perdant. Des duels comme celui-ci s'étaient faits monnaie courante à l'orphelinat elaskois, et témoignait, en plus des rites et autres traditions qui s'y étaient établis, de la mise en place d'un certain honneur et d'une hiérarchisation stricte. Perdu dans la foule s'agitait un petit, surexcité par le combat : le seul qui encourageait Nube de toute la force de ses bras et de ses poumons, la voix de Davinel, perçante, se détachait nettement du brouhaha environnant.

    ' Un poing dans la figure un pied dans le ventre ! Non attend pardon une patte ! ATTAQUE ! Zut non pas là attend ! Il est plus lent t'as cas- '
Les sentiments du be'arla à l'égard de ceux qui venaient de bâillonner l'enfant étaient ambivalents, entre reconnaissance et dégoût, soulagement et regret. Sa tête bourdonnait du dernier coup asséné par son adversaire, et réfléchir le blessait presque. Quand l'autre le renversa d'un heurt mineur, il se laissa choir, gémissant. Abandonnant toute garde, l'aîné des deux s'était rapproché du cadet. Ce n'est qu'au dernier instant que le gris se laissa aller à frapper au-dessous de la ceinture. Un soupir consterné traversa les spectateurs quand ils comprirent comme le vent avait tourné. Et cependant que Nube continuait de rouer le vaincu de beignes, la forte poigne du surveillant sur son épaule le fit lâcher prise et marqua son visage d'un rictus de douleur.

Malgré ses plaies, Nube ne put se rendre à l'infirmerie. L'on l'avait sommé de faire toutes les corvées les plus ardues et se devrait par la suite de présenter ses excuses au farïd qu'il avait agressé. Flor resterait seule, le bras en atèle et sans défense, son lit voisin au sien. C'était ce qu'il y avait de pire dans l'esprit du petiot, car il savait avec pertinence que l'autre était bien trop grand pour souffrir bien longtemps des bleus et des contusions dont il l'avait arboré.

MAIS LEURS PROBLEMES de propriété, tout autant que ceux qui eurent pu leur apporter quelque os brisé ou bleus se virent annihilés la semaine qui suivit. Ils ne le sauraient jamais, mais une riche mécène avait pris les dépenses de l'orphelinat à sa charge. Une riche mécène de fort petite taille, toujours dissimulée sous une pèlerine rouge : Niiz, leur Zémy, faisait plus que leur rendre de régulières visites. C'était ce qu'avait sous-entendu Nube à Davinel, sans trop y croire ; pourtant, quelqu'un leur assurait une réelle protection.
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Re: Flor & Nube

Message  Warui & cie le Ven 13 Aoû - 18:13

Nyaaah Flor et Nube!!!!
Oh les boules de poils avec qui j'ai hâte de RPlayer!
C'est un oui bien sûr

_______________
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